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Un agriculteur se suicide tous les deux jours et qu'est-ce qu'on fait? Rien!

Les Etats généraux de l'alimentation qui s'ouvrent ce jeudi doivent permettre notamment de mieux rémunérer les agriculteurs, qui sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir vivre de leur travail. C'est le cas de Régis Desmureaux, éleveur de vaches laitières dans l'Oise, qu'a rencontré RMC.

Ce sera une question centrale des Etats généraux de l'alimentation qui s'ouvrent ce jeudi à Paris: la rémunération des agriculteurs. Depuis trois ans, la crise s'acharne sur le monde agricole qui ne parvient plus à vivre de son travail. Les agriculteurs attendent de pied ferme ce rendez-vous, alors que leurs difficultés se sont encore accrues lors de ces deux dernières années. Désormais, c'est un agriculteur sur deux en France qui dispose d'un revenu de 350 euros par mois, voire moins. Les éleveurs laitiers vendent pour la plupart à perte.

"C'est inadmissible de ne pas tirer de revenus de son exploitation"

RMC a rencontré Régis Desmureaux, éleveur de vaches laitières à Offoy, dans l'Oise. Il a une cinquantaine de vaches et n'arrive plus du tout à vivre de son activité. Et quand il faut se lever tous les matins pour travailler 13 à 14h sans pouvoir se payer, "il faut se donner un coup de pied aux fesses pour ne pas jeter l'éponge", confie-t-il.

Car depuis 18 mois, la famille ne vit que sur un seul salaire, celui de l'épouse de Régis. "Ce n'est pas une solution de travailler et de ne pas pouvoir prendre de revenus. En ce moment je perds de l'argent, et c'est inadmissible de voir des gens qui ne peuvent pas tirer un revenu de son exploitation. On sait qu'un agriculteur se suicide tous les deux jours et qu'est-ce qu'on fait? Rien!".

"Il ne nous reste que des miettes"

Pourtant, si la tonne de lait était payée 50 euros de plus à Régis, il pourrait s'en sortir. "Nous, un lait qu'on vend 300 euros les 1.000 litres, l'industriel va en tirer au final, produit fini et transformé, à peu près 1.700 euros. Il y a les grandes surfaces qui ne jouent pas le jeu non plus, et après il ne nous reste que des miettes".

Le calendrier des Etats généraux s'est donné pour objectif d'apporter des premiers éléments de réponse avant l'ouverture des négociations commerciales entre industriels et distribution, qui, comme chaque année, commencent début octobre. Et si rien ne ressort des Etats généraux de l'alimentation, Régis est prêt à descendre dans la rue à la rentrée.

Toujours moins d'agriculteurs et d'exploitations

Il y avait 701.900 agriculteurs en France en 2016. Ils étaient deux fois plus nombreux en 1988. On comptait 2.082.000 exploitations en 1960. En 2015, il n'y en avait plus que 434 000 exploitations. 24% des exploitations concernent les céréales et grandes cultures.

P. G. avec Claire Checcaglini