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Un rapport pointe le coût élevé de la suppression du glyphosate: "On a été entendu", se félicite un agriculteur

Le calendrier prévu de suppression du glyphosate sera difficile à tenir partout en l'état actuel des connaissances, et aura un coût élevé pour les agriculteurs, estime un rapport parlementaire demandant à l'Etat de préciser rapidement les cultures qui "bénéficieront d'une dérogation" d'utilisation en 2021.

Le rapport parlementaire chiffre de façon assez précise le coût de l'interdiction totale de l'herbicide pour le secteur. Des frais de main d'œuvre supplémentaires, des investissements dans de nouveaux matériels, une augmentation des dépenses vers d'autres produits chimiques et une consommation de carburant multipliée par trois ou quatre en fonction de l'exploitation.

Abandonner le glyphosate, pour Philippe Heusele, cela signifie revenir à des pratiques de labour pour désherber les sols. Plus long et plus coûteux pour cet agriculteur, installé dans la Seine et Marne: "Si je compte le tracteur, la charrue et le carburant, on a entre 40 et 60 euros de l'hectare alors qu'un passage de pulvérisateur qui épandrait du glyphosate par exemple, c'est 6 euros de l'hectare".

Et en bout de chaîne, des coûts de production plus élevées et des revenus plus faibles: "10 à 12 euros de coûts supplémentaires à la tonne de blé, c'est pratiquement ce qu'on a pu obtenir comme revenu net. Cela voudrait donc dire que je travaillerais pour rien".

Une mission parlementaire qui pose également la question du calendrier de suppression du glyphosate, qui sera difficile à tenir. Eric Thirouin, président de l'association générale des producteurs de blé, espère que le gouvernement en tirera les conséquences: "Ça fait longtemps qu'on demande à ce que tout cela soit pris en compte. Je m'aperçois qu'on a été entendu par ce rapport parlementaire, j'espère qu'on va l'être désormais par le gouvernement".

Un coût environnemental

Selon l'association générale des producteurs de céréales cité dans ce rapport, la fin du glyphosate aura un coût environnemental. Des centaines de milliers de tonnes de dioxyde de carbone émises par davantage de passages de tracteurs et de machines pour désherber.

Les députés pointent enfin plusieurs cas où la seule alternative au glyphosate est de détruire les mauvaises herbes à la main. Une impasse, soulignent les auteurs du rapport tant les investissements en main d'œuvre seraient intenables en l'état.

Interrogée hier sur ce rapport, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne confirme que l'objectif est bien de sortir de l'essentiel des usages du glyphosate au 1er janvier 2021, et de tous les usages au 1er janvier 2023.

Rémi Ink et Pierrick Bonno (avec P.B.)