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Vers la fin des fruits et légumes en libre-service? "Cela permettrait de limiter le gaspillage alimentaire"

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- - KARIM SAHIB / AFP

Pour réduire le gaspillage alimentaire, l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (Ademe), recommande, entre autres, la suppression de la vente en libre-service des fruits et légumes. "Et ça fonctionne", assure sur RMC.fr Antoine Vernier, chargé de mission à l'Ademe. Et de prendre en exemple un magasin Auchan à Boulogne qui a fait "15.000 euros d'économie en deux mois".

"L'objectif national est de réduire le gaspillage alimentaire de moitié d'ici à 2025. On a donc fait une étude, dévoilée en mai, qui a montré les volumes (10 millions de tonnes) et le coût économique (16 milliards d'euros) de ce gaspillage. Ensuite, on a décidé d'accompagner les acteurs, les ménages d'abord puis la restauration, pour leur montrer que c'était possible de réduire de moitié ce gaspillage et que ça allait leur permettre de faire des économies. Et même que c'était extrêmement rentable de le faire.

On a voulu le faire aussi avec la grande distribution. Ce qui est plus difficile parce qu'il y a un peu la culture du secret, qu'ils sont déjà pointés du doigt comme les méchants. Ce n'était pas évident de les mettre en confiance mais finalement ces grandes surfaces ont parfaitement joué le jeu. On a fait un diagnostic: quelle est votre situation? Quelles sont les actions les plus pertinentes à mettre en place?

"Ça fonctionne"

On a donc mené une grande opération, pendant trois mois, pour regarder quel était le poids du gaspillage alimentaire et son coût économique. On a engagé les grandes surfaces volontaires dans un certain nombre d'actions simples, correspondant à chaque magasin. En faisant ces actions, ils ont réussi à réduire de 22% le poids de leur gaspillage alimentaire et de 18% en euros. Le fait de donner ces statistiques en poids permet de se représenter ça en nombre de repas perdus. Par exemple, 10 tonnes perdues dans un magasin représentent 20.000 repas en moins. Quand vous dites ça à des salariés, ils se disent qu'il faut peut-être regarder les choses un peu autrement, qu'il est important de sauver cette nourriture.

On voit donc que ça fonctionne et parmi les actions recommandées il y a la fin du libre-service, remplacé par de la vente assistée pour éviter une surmanipulation des produits par les clients.

Car, à l'heure actuelle, les produits, entre leur arrivée en magasin et leur passage en caisse, sont touchés des dizaines et des dizaines de fois. Dès que vous touchez une banane par exemple, ça va la marquer et faire une tâche noire. Et comme les gens achètent avec les yeux, cette banane ne sera pas achetée. D'où des taux de pertes sur les fruits et légumes très importants.

Quand vous aller au rayon poissonnerie, vous ne touchez pas le poisson vous-même. Là, c'est pareil. Le client est content d'être conseillé, qu'on lui fasse acheter le bon produit, qu'on lui explique comment ça se consomme…

"La vente assistée ne va régler tous les problèmes"

Et, force est de constater, que la vente assistée, ça marche. Par exemple, dans un magasin Auchan à Boulogne, deux emplois ont été créés pour gérer cette vente assistée, c’est-à-dire le fait d'accompagner le client, de réduire les manipulations des produits par les clients. On a constaté que cela permettait de limiter le gaspillage alimentaire mais aussi de créer du contact humain. La vente n'est plus déshumanisée, ce qui est très appréciée par la clientèle qui a quelque part besoin de ça. Le client est content est quand un client est content, il revient. En créant ces deux emplois, malgré donc les salaires supplémentaires à payer, au final, ce magasin fait quand même 15.000 euros d'économie sur deux mois.

Grâce à des actions simples de ce type, la distribution pourrait réduire son gaspillage alimentaire de 300.000 tonnes, et économiser près de 700 millions d'euros par an. Plus précisément, le coût du gaspillage alimentaire est de 400.000 euros annuels par magasin.

La distribution a donc compris grâce à cette opération que la perte avait un coût financier plus important que ce qu'ils imaginaient. Mais il est très important d'indiquer que la vente assistée ne va pas régler tous les problèmes, parce qu'il y a pleins d'autres produits que les fruits et légumes qui sont aussi perdus. C'est pour ça qu'il y a aussi le don, la sensibilisation des salariés, les questions de référencement…"

Propos recueillis par Maxime Ricard