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Les Français de l’étranger privés de vote électronique pour les législatives: "la fraude est trop facile"

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Le gouvernement a annoncé, lundi, la suspension du vote électronique pour les législatives à l'étranger, à cause d'un risque trop élevé de cyberattaques. Une décision qui a fait bondir certains élus de droite qui crient au déni de démocratie. Mais pour Tristan Nitot, cette menace est bien réelle.

Les élections législatives peuvent-elles être piratées informatiquement? Oui, sans hésitation explique Tristan Nitot, activiste, écrivain, fondateur de la branche Europe de Mozilla, aujourd'hui membre de la CNIL. Il revient sur ses doutes au micro de RMC.fr:

"Sur le vote en ligne, la fraude est tout simplement trop facile. A ce jour, les mesures de sécurité ne sont pas suffisantes pour permettre une bonne utilisation sans de potentielles fraudes.

Je m’explique. En France, le vote est secret. On peut savoir qui a voté mais pas pour qui. Et c’est là, la composante essentielle du problème: ce mélange d’opacité et de transparence, difficile à mettre en place. Toute la question est de savoir si le système actuel, à savoir si le respect du secret du vote, fait partie du cahier des charges. Si oui, qui peut garantir que la plateforme de vote enregistre bien le vote voulu? Quel est le contrôle?

Faire voter les morts ou les abstentionnistes 

Si par exemple je vote pour un candidat de droite, et que mon vote va à un candidat de gauche, quel moyen existe-t-il pour savoir si mon vote est bien allé à la bonne personne? Moi, je peux penser que tout est bien enregistré, et derrière un hacker ou un programme modifie mon vote. Quelle marge de manœuvre ai-je alors que mon vote est secret?

A cela, s’ajoute le problème de pouvoir faire voter les morts ou les personnes ne voulant pas voter. Il suffit de les inscrire en ligne, et de récupérer les codes.

En décembre 2010, à Montpellier, onze personnes ont truqué une élection de la CCI (chambre de commerce et d'industrie). Ils ont volé les codes pour le vote électronique, dans les boîtes aux lettres des futurs votants et ont voté à la place des membres à qui ils avaient dérobé ces codes. Tous ont été reconnus coupables en avril 2016. 

"Pour garantir un vote c’est l’urne transparente"

C’est pourquoi, je considère qu’à ce jour, le meilleur moyen de garantir un vote c’est l’urne transparente. D’un côté, on peut contrôler que le vote a eu lieu. De l’autre, on ne peut savoir le contenu de son vote. Alors, oui effectivement, il peut y avoir des fraudes lors des dépouillements, mais cela reste très limité.

Aujourd'hui, peut-être plus qu'avant, on ne doit pas laisser une ombre de doute sur les élections. Surtout dans un contexte de méfiance généralisée du système politique.

Un vote sur internet c’est un système opaque. Parce que l’on n’est jamais sur de qui vote, ou si le vote est correctement enregistré… La seule question que l'on doit se poser aujourd'hui c'est: ce processus électoral est-il fiable? La réponse est malheureusement non."

Propos recueillis par Elodie Hervé