Municipales 2020: le maire de Pessat-Villeneuve face à la crise migratoire
LES MAIRES FACE À LA CRISE (1/5) - En 2015, il a accueilli des migrants dans son petit village provoquant la colère des habitants. Il affirme avoir été sidéré par le racisme auquel il a été confronté.
Il y a des dates qui ne s'oublient pas. Pour Gérard Dubois, c'est le 3 novembre 2015. Ce soir-là, il fait nuit noire quand un bus franchit les grilles de Pessat-Villeneuve. A bord, plusieurs dizaines de migrants, ils arrivent de Calais. Gérard Dubois a décidé de les accueillir dans l'ancien centre de vacances.
"A 20h30 à peu près, un bus entre dans la cour du château. 48 jeunes hommes fatigués, dénutries. Quand je les ai vu arriver il y a eu beaucoup d’émotion. Ils venaient me toucher la main en me disant merci. C’est très surprenant. Il y a tout de suite quelque chose qui se crée", confie-t-il.
Tout va si vite que Gérard Dubois a à peine le temps de prévenir sa population. Les migrants sont à peine installés que le téléphone de la mairie commence à sonner. "On est monté à plus de 200 coups de fil d’une violence, de racisme, incroyable", affirme-t-il.
Il organise alors une réunion avec les habitants. Et se retrouve acculé.
"J’ai une mère de famille qui tend le doigt vers moi et qui me dit, ‘Monsieur le Maire, ils vont violer mes enfants’. Et là le petit maire de la petite commune de 550 ans habitant se dit ‘wow, mais où tu as mis les pieds, qu’est-ce qui se passe’. Et c’est hallucinant, on se demande si on n’a pas fait une erreur... et aujourd’hui j’ai compris que j’avais pris une sacrée décision", indique le maire.
Il faudra du temps, de la persévérance, pour dissiper les craintes. Petit à petit, les bénévoles sont de plus en plus nombreux. "Ils ne sont pas tous du village. Des gens sont venus de partout. Ils se sont dits, il se passe un truc à côté de chez nous, si on peut y aller, on y va", explique-t-il.
500 migrants accueillies
Aujourd'hui, le centre accompagne 70 réfugiés, des Soudanais, des Afghans, des Érythréens. Il y a des cours de français. Les familles sont logées dans des petits pavillons. En quatre ans, le maire dresse le bilan. "On doit être pratiquement à 500 personnes accueillies", détaille le maire.
Alors bien sûr aujourd'hui, tout n'est pas parfait. Il y a peu d'échanges entre ces réfugiés et les habitants, mais le maire ne regrette rien.
"On m’avait promis que le château allait brûler, qu’il y aurait des détritus partout et je ne parlerai pas des viols... tout ce qu’on nous avait annoncé de négatif, moi j’ai que du positif. C’est fou parce qu’on pourrait croire que je suis Merlin l’Enchanteur, mais non, je suis Gérard Dubois maire de Pessat-Villeneuve", s’amuse-t-il.
Devenir une terre d'accueil et de solidarité, c'est la décision la plus importante de son mandat, celle qui lui a valu la Légion d'honneur, celle aussi qui pourrait lui coûter sa réélection au mois de mars.


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