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"Il faut les faire interdire": des clients floués attaquent en justice l'assureur de téléphones Indexia

RMC a recueilli de nouveaux témoignages de clients de l'assureur Indexia, ex-SFAM, deuxième actionnaire de la FNAC, et propriété du plus jeune milliardaire de France. Ils assignent l'entreprise en justice pour obtenir le remboursement de sommes "indûment prélevées" sur leur compte en banque et attendent une réaction forte des autorités françaises. La Belgique, elle, vient d'interdire la commercialisation de ces assurances.

Etudiants, retraités, salariés... Ils ont tous connu la mésaventure. Lors d'un achat à la FNAC ou dans une boutique de téléphonie mobile, ils souscrivent une assurance pour quelques euros par mois, sans se douter que ça va leur couter bien plus cher.

Il y a un mois déjà, RMC avait recueilli le témoignage de clients prélevés à leur insu de plusieurs centaines, parfois plusieurs milliers d'euros. Des témoignages qui continuent d'affluer comme celui de Diane. Elle aussi s'est faite avoir alors qu'elle travaille dans la finance.

"J'ai réalisé que j'étais prélevée jusqu'à 180 euros par mois alors que mon contrat de base est de 16 euros par mois. On a opéré des prélèvements sur mon compte pour des services que je n'avais jamais demandé et je n'ai pas réussi à récupérer mon argent. Il faut les faire interdire parce que cette arnaque c'est à tous les niveaux de l'entreprise et dans tous les pays".

"De véritables séismes dans la vie de ces consommateurs"

Face à l'inaction des autorités, les clients d'Indexia ont décidé de se regrouper pour attaquer l'entreprise. Une avocate, Emma Léoty, a assigné l'entreprise en justice cette semaine :

"On demande que les clients soient remboursés et qu'ils obtiennent des dommages et intérêts pour compenser les agios et les intérêts qui leur ont été prélevés sur leur compte. Il y a des histoires terribles de personnes de prélèvements indus qui provoquent de véritables séismes dans la vie de ces consommateurs. J'ai le cas d'étudiants qui ne peuvent plus s'alimenter".

"Des millions d'euros" chaque année

Selon nos informations, le patron d'Indexia, le plus jeune milliardaire de France, Sadri Fegaïer, a été soumis récemment à un feu nourri de questions de la part des syndicats. Il a dû répondre sur un point bien précis : les problèmes de remboursement et de résiliation. En effet, nous avions découvert l'existence d'un document de "procédure interne" prouvant que certaines demandes de résiliation des clients ne seraient tout simplement pas traitées.

Mais pour l'entrepreneur il s'agirait "de faux problèmes à partir de faits mineurs", car "l’entreprise rembourse chaque année des millions d’euros aux clients qui en font la demande, tout comme elle résilie les contrats des clients qui en font la demande". Des propos rapportés par les syndicats dans un compte-rendu de réunion que RMC a pu se procurer. Sollicités, les représentants syndicaux n'ont pas souhaité s'exprimer, les salariés étant "déjà suffisamment sous pression".

"Un assureur qui rembourse plusieurs millions d'euros par mois ?", s'interroge Maître Emma Léoty. "Si ce document dit vrai, c'est plus que surprenant. Lorsque vous prenez une assurance, vous payez le prix fixé, l'assureur n'a rien à vous rembourser. Il serait utile que le gendarme des assurances, l'ACPR se saisisse de ce sujet. Je l'ai alerté et j'espère qu'elle le fera".

Interdiction en Belgique, pas en France

Car en Belgique, l'autorité qui contrôle les banques et les assurances a interdit début mars aux boutiques Switch, propriété d'Indexia, de vendre des assurances. Une décision forte "résultant d’inspections faites dans différents points de vente, portant sur le non-respect de certaines dispositions légales ou réglementaires, notamment en matière d’information du client et de règles de conduite". La décision de la Belgique "vaut jusqu'à ce qu'il ait été remédié aux manquements constatés.

Et en France alors ? Si l'entreprise, qui s'appelait alors la SFAM, a bien écopé d'une amende de 10 millions d'euros en 2019, aucune sanction depuis. Contactée, la répression des fraudes assure que "les investigations sont toujours en cours".

En attendant une réaction forte des autorités, l'avocate a obtenu une audience devant le tribunal de Nanterre le 23 juin prochain

Marie Dupin (édité par J.A.)