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Deux SDF sur cinq sont des femmes: "Vous les croisez sans voir qu'elles sont SDF"

Claire Lajeunie, ce mardi chez Jean-Jacques Bourdin.

Claire Lajeunie, ce mardi chez Jean-Jacques Bourdin. - RMC

En France, 40% des sans-abri sont des femmes. La réalisatrice Claire Lajeunie s'est intéressée à ces femmes qui vivent dans la rue. Elle en a tiré un livre et un documentaire diffusé ce mardi soir sur France 5. Elle était l'invitée d'RMC ce mardi matin.

Ce sont les invisibles de la rue. En France, les femmes représentent 40% des sans-abri, soit deux SDF sur cinq. Bien qu'on ne les voit pas, elles sont de plus en plus nombreuses à vivre dans la rue. Rien qu’à Paris, elles seraient 7.000 à vivre dehors. Ces femmes, la réalisatrice Claire Lajeunie les a suivies. Elle en a tiré un livre (Sur la route des invisibles, éditions Michalon, sorti la semaine dernière) et un documentaire : Femmes invisibles, survivre dans la rue, diffusé ce mardi soir à 20h40, sur France 5.

"Elles sont Françaises et une rupture dans leur vie les a fait basculer"

Qui sont ces femmes qui vivent dans la rue ? "Elles sont Françaises, et une rupture dans leur vie les a fait basculer: une rupture avec leurs parents, un problème professionnel, une rupture sentimentale. Elles-mêmes n'identifient pas ce moment de leur vie où tout a basculé", explique-t-elle chez Jean-Jacques Bourdin. "On est souvent dans la caricature des sans-abri: la clocharde, l'alcoolisme, la psychiatrie… Je n'ai pas rencontré ce type de femmes. Celles que j'ai rencontrées ne buvaient pas forcément, en tout cas pas tous les jours, et essayaient de s'en sortir, d'être dans le combat. Dans mon film il y a tous les âges et tous les parcours".

"Certaines conservent leur féminité pour se fondre dans la masse"

S'il est rare de croiser une femme SDF, c'est notamment parce qu'elles doivent le plus souvent se cacher, explique Claire Lajeunie. "Une femme, la nuit, dans un quartier un peu chaud cela peut être dangereux. Mais une femme qui n'a pas d'abri, c'est extrêmement dangereux. Elles ne vont pas dormir dans les centres d'hébergements la nuit, parce qu'il n'y a rien pour elles. Alors elles préfèrent aller dans les cages d'escalier, dans les parkings". Surtout, "certaines conservent leur féminité pour se fondre dans la masse et essayer d'exister. Vous les voyez dans les bus ou le métro tôt le matin sans savoir qu'elles sont SDF".

"Katia, 32 ans, a eu 4 enfants dans la rue"

Pour son livre et son documentaire, Claire Lajeunie dit ne pas s’être intéressée aux migrants et aux sans-papiers, qui sont, elles, prises en charge par des structures. Elle voulait rencontrer "des femmes qui nous ressemblent". C'est ainsi qu'elle a rencontré Katia, qui est sortie de la rue il y a un an et vit maintenant dans un centre. "Elle a 32 ans et a eu 4 enfants dans la rue, avec des hommes de passage, raconte la réalisatrice. Ses enfants lui ont été retirés. C'est sa mère qui l'a mise dehors. Elle est tombée dans la drogue, la prostitution, et a vécu dans les squats pendant plus de 5 ans". "Dans le documentaire, il y a une séquence stupéfiante où on essaie d’appeler le 115 qui est totalement débordée et qui montre le découragement de ces femmes".

Sortir de la rue est d'ailleurs particulièrement difficile. "Quand on est dans la rue, on perd ses repères: quel jour on est, quelle heure il est, comment faire pour frapper aux portes des assistantes sociales, comment sortir la tête de l'eau ?". Il y a aujourd'hui en France 141.500 sans domicile fixe, hommes et femmes. Un chiffre qui, depuis 2001, a augmenté de 50%.

Philippe Gril avec JJ. Bourdin