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Absence de programme de Macron: "il en dit suffisamment pour inquiéter une partie de ses soutiens"

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Emmanuel Macron estime qu'un programme n'est pas le "cœur" d'une campagne… Si les sondages le placent toujours à la deuxième place derrière Marine Le Pen, son électorat semble être un des plus indécis. Et selon le politologue Jérôme Sainte-Marie, le candidat pourrait vite perdre ses électeurs potentiels.

Jérôme Sainte-Marie est politologue et président de PollingVox, une société d'études et de conseil:

"Ce qui est intéressant c'est qu'Emmanuel Macron a un niveau d'intention de vote assez stable et pourtant, on a une baisse importante de la certitude du choix.

Le problème c'est que tout le monde sent bien que comme il ne sait pas qui va s'effondrer de la gauche ou de la droite, il se maintient en retrait et ne propose rien de positif ou quasiment rien pour ne pas compromettre ses chances de récupérer un gros morceau des électeurs de gauche ou des électeurs de droite. Ce premier phénomène a eu lieu au meeting de Lyon la semaine dernière. On est à moins de trois mois du premier tour et les gens ne voient rien de positif apparaître, il y a une certaine exaspération.

Le second élément c'est qu'il commence à prendre des positions qui peuvent troubler une partie de ses soutiens. Par exemple son soutien explicite au traité CETA est un soutien qui peut lui faire perdre des voix à gauche. Inversement, sa visite en Algérie et quand il dit que le partenariat avec l'Algérie doit être l'équivalent du partenariat avec l'Allemagne est de nature à effrayer à droite.

"Il commence à assumer son libéralisme absolu"

Il commence à assumer son libéralisme absolu et son ouverture sans complexe à la mondialisation. Il y a donc une forme d'ambiguïté qui commence à se dissiper. Et même s'il en dit très peu, il en dit suffisamment pour inquiéter une partie de ses soutiens. Au fond si on prend les études sur le social-libéralisme, on constate que seuls 6% de l'électorat correspond à ce social-libéralisme.

Le problème de la candidature de Macron c'est que c'est une candidature réactive, négative par rapport aux autres, il est très dépendant de ce qui se passe dans le paysage politique environnant. Il a eu de la chance avec la primaire de la gauche puis les ennuis de Fillon. Mais il remplit davantage un creux qu'il ne constitue un plein.

Là, on a un produit marketing magnifique: un peu de gauche, un peu de droite, de la modernité, de la jeunesse, de transgression mais de la réussite sociale… Mais ça c'est quand on est spectateur. Quand les gens vont se transformer en citoyen, ça va être différent, ils vont commencer à juger sérieusement. Le projet de Macron c'est la marchandisation absolue de tout, c'est un programme d'avocat d'affaires, mais il ne peut pas l'assumer. Au niveau tactique on voit bien qu'il essaie d'être essentiellement réactif. Il doit donc tenir un propos général du renouveau, du Bruno Le Maire en plus subtil, et attendre de savoir qui va s'effondrer à droite ou à gauche.

"C'est très fragile"

Un candidat normal comme Mélenchon par exemple: il a perdu beaucoup de points à la fin de la primaire de gauche. Mais il est en train de se refaire car il a une base d'électeurs, il est sur un courant idéologique qui existe depuis longtemps, il a un fonds électoral. Le problème de Macron c'est qu'il n'a pas de fonds électoral. Comme il a agrégé très rapidement des électeurs de sensibilités très différentes, ce qui s'est agrégé peut se défaire rapidement. Ça peut aller très vite. C'est très fragile.

Son atout c'est qu'il incarne tellement l'anti-Le Pen que ça peut renforcer Emmanuel Macron. François Fillon et Jean-Luc Mélenchon ont des points de convergence avec Marine Le Pen. Macron est l'antinomie parfaite de Marine Le Pen".

Propos recueillis par Paulina Benavente