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Passation de pouvoir entre Hollande et Macron: "on est l’un des rares pays où le collier n’est plus porté"

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A l’occasion de la passation de pouvoir avec François Hollande, Emmanuel Macron se verra remettre le collier de Grand Maître de l’ordre de la Légion d’honneur. Si les présidents ne le portent plus depuis Valéry Giscard d’Estaing, il reste le symbole du chef de l’Etat. Et une fierté pour l’entreprise Arthus-Bertrand qui le fabrique.

Gil Piette est le directeur de la société Arthus-Bertrand qui fabrique le collier de Grand Maître de l’ordre la Légion d’honneur que recevra Emmanuel Macron dimanche.

"La société est née en 1803. A l’époque nous sommes brodeurs de drapeaux. Et quand Napoléon crée la légion d’honneur, il lui faut quelqu’un qui lui fabrique les décorations. Il se trouve que les premières étaient brodées sur les uniformes, et n’étaient portées que par les princes et les rois. Le jour où il faut les donner à des grognards qui iront plus souvent au combat avec leurs uniformes, il faut leur faire un insigne en métal. Et c’est vers nous qu’on vient pour fabriquer cette insigne, donc on fait cette croix de Légion d’honneur.

Ce que vous appelez le collier du président, c’est le collier du Grand Maître de l’ordre de la légion d’honneur. C’est la plus haute distinction, seul le président de la République peut être grand maître. Napoléon décide que ce collier dit avoir 16 maillons, qui représentent les 16 cohortes de la nation à l’époque: la marine, l’artillerie, le commerce, l’industrie… Toutes ces grandes unités qui font fonctionner le pays. Et au dos de ces maillons à l’époque, il était gravé le nom de chaque dirigeant, président, ou empereur.

Aujourd’hui, nous sommes au 3e collier, qu’on a fabriqué en 1953. Le premier président nommé c’était Vincent Auriol, élu en 1947. Quand il a reçu le grand collier, il n’avait pas celui de 1881, parce que les maillons étaient déjà tous gravés, on ne pouvait pas ajouter son nom. En 1948, on nous a donc demandé de travailler sur un nouveau collier. On a proposé un nouveau dessin, qui a convenu à la Grande chancellerie. Depuis, chaque président qui reçoit le collier se voit graver son nom sur un des maillons. Là on est au 13e président, puisque Charles De Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac ont eu deux maillons. Donc il restera encore trois maillons: dans 20 ans, on refera un collier.

"C’est Valéry Giscard d’Estaing qui a arrêté de le porter"

Dans les années 50, quand on les a refaits, on a essayé d’avoir un style plus graphique, le collier a retrouvé de la modernité. Le dernier président à le porter c’était Pompidou. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui a arrêté de le porter. C’est un collier qui fait un plus d’un kilo d’or. Quand vous le mettez c’est très lourd, c’est un collier de cérémonie. On fait des colliers pour la moitié du monde, puisqu’on a une centaine de pays comme clients, pour des rois, des présidents démocrates ou pas tout à fait démocrates. On est l’un des rares pays où le collier n’est plus porté. Dans les autres pays où il y a des colliers, le jour de l’investiture on les porte.

C’est l’un des grands symboles de notre savoir-faire. C’est un objet exceptionnel à faire. Et comme c’est un événement exceptionnel on est très fier de le faire. Ce n’est pas toujours la même personne qui grave. Cette fois il se trouve que c’est une femme qui va graver. Le collier est présenté au président par le Grand chancelier, et ensuite il est exposé au musée de la Légion d’honneur pour que le public puisse le voir".

Propos recueillis par Philippe Gril