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Productrice de lait convertie au bio: "Hors de question d'avoir des animaux enfermés toute l'année"

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Dans les Côtes-d'Armor, les producteurs de lait ont mené des actions pour dénoncer la chute des prix du lait. Face à cette crise qui dure, Anne Le Bras, productrice de lait à Trebry a choisi la voie du bio.

Anne Le Bras est éleveuse de vaches laitières à Trebry dans les Côtes-d'Armor:

"Je ne me vouais pas à être agricultrice. A l'âge de 37 ans, je me suis installée dans un village, et un agriculteur de ce village voulait transmettre son exploitation. Donc j'ai quitté mon boulot en 2011 et je me suis lancée.

Quand je me suis installée, il n'était pas question de bio, mais l'idée était d'être autonome sur un système herbager. Pour moi, il était hors de question d'avoir des animaux enfermés en bâtiment toute l'année sur les caillebottis. Je ne concevais pas mon métier comme ça. Je n'étais pas dans du bio, mais dans une production de lait par vache en dessous de la moyenne. J'avais une vraie volonté de produire de manière autonome.

Je me disais déjà que mon travail n'était pas valorisé à sa juste valeur. Et puis avec la crise du lait, ça n'a pas été évident non plus. Je suis une femme, j'ai encore 25 ans de métier à faire, il faut que je bouge pour que je puisse tenir mon exploitation, gagner ma vie, et être heureuse de me lever tous les matins. J'adore mon métier, j'adore mes animaux.

"Dans mon esprit, j'y étais déjà"

J'ai fait en sorte d'avoir 30 hectares supplémentaires. Là, j'avais l'exploitation dont j'avais toujours rêvé. Je n'étais toujours pas en bio à ce moment-là. Je voulais être bien avec mon boulot, avec le produit et le consommateur, ne pas mentir sur la production.

La crise est arrivée et je me suis rendue compte que la marche pour passer en bio était toute petite. Dans mon état d'esprit, j'y étais déjà puisque j'utilisais déjà assez peu d'antibiotiques. Il faut juste sauter le pas. J'ai donc commencé le bio en mai 2016. Avant, j'avais engagé une étude de faisabilité et suivi des formations.

En production laitière, les investissements ne sont pas lourds, le plus compliqué est de partir d'une logique où l'on nourrit les bêtes avec du maïs, complété avec du soja brésilien. Ce qui est compliqué, c'est de passer complètement à autre chose. Aujourd'hui, je n'utilise plus de produit phytosanitaire, ni d'engrais chimique.

"L'idée n'était pas de faire fortune"

Je voulais aussi que mon exploitation soit gérable par une femme. A 37 ans, si j'ai tout abandonné, c'était quand même pour gagner correctement ma vie. L'idée n'était pas de faire fortune, mais ce n'était pas de vivre dans la misère non plus.

Avec la crise du lait j'avais deux voies: plus de volumes, plus de terre, plus d'investissements, plus de vaches, plus de travail et moins de revenus. Ou quelque chose de plus raisonné.

Il est important de produire en fonction de ce que veut le consommateur. Et je sens qu'il a envie d'autre chose. On le voit déjà par rapport aux œufs: les consommateurs ne veulent plus de poules en cage. Je pense que pour les vaches c'est pareil, même si ça prendra du temps. Ils ne voudront plus de lait provenant de vaches qui vivent sur des caillebottis, mais de vaches nourries au maïs et au soja. C'est aussi donner du sens à ce que je fais. J'ai envie de produire quelque chose de sain. C'est une vraie fierté pour moi de voir mes animaux en bonne santé, qui vont aller paître 8 mois dans les champs au printemps.

Le passage au bio me fait perdre en terme de volume, mais c'est presque entièrement compensé par le fait que je le vende plus cher que du lait conventionnel. Le risque financier est faible. Un agriculteur est tellement formé à la course au rendement, qu'il est compliqué de changer de mode de production. Au-delà de l'aspect technique des choses, il faut que l'agriculteur en ait vraiment envie".

Propos recueillis par Paulina Benavente