RMC

Bébé mort dans une crèche: l'appel poignant d'une mère qui compte créer un collectif de parents

INFO RMC. Une médecin, qui avait déjà déposé une plainte en 2021 contre une crèche People&Baby, a témoigné sur RMC des traces de maltraitance constatées sur le corps d'un de ses enfants l'année dernière. Elle appelle ce mardi les parents de victimes à la rejoindre et lui écrire à l'adresse protectionenfancecrèche@gmail.com pour créer un collectif.

"On ne s'imagine pas que tout ça peut arriver". Ghita a déposé plainte en mai 2021 contre une crèche du réseau People&Baby après avoir découvert des traces de violences sur le corps d'un de ses jumeaux.

Elle témoigne sur RMC quelques jours après la mort d'un bébé de 11 mois dans une crèche lyonnaise du même groupe. Une employée de l'établissement a avoué l'avoir aspergé et fait ingérer un "produit caustique", se disant "excédée" par ses pleurs. Elle a été mise en examen pour "homicide involontaire sur mineur de moins de 15 ans" et placée en détention provisoire.

C'est dans un établissement lillois de People&Baby que Ghita avait confié ses deux jumeaux de deux ans. Elle avait remarqué que l'un d'entre eux était régulièrement pris verbalement pour cible par la nouvelle directrice de la crèche et que son comportement avait changé, il semblait plus triste, inquiet.

"Un soir, je récupère mes enfants, et au moment du bain je constate sur le corps de l'un d'entre eux des lésions typiques, par leur forme, leur localisation et leur nature, de maltraitrance, et c'était des lésions qui avaient été causées forcément par un adulte" raconte cette médecin sur RMC ce mardi matin.

Une enquête ouverte

La mère explique avoir alors "activé tous les leviers d'alerte" possibles. La direction de la crèche, à qui elle dit avoir envoyé un mail avec des photos des lésions, lui aurait répondu qu'il s'agissait d'une conséquence de "la vie en collectivité" et qu'il "devait y avoir un enfant un peu plus turbulent dans le groupe qui était responsable des blessures".

"Pas convaincue", Ghita décide de déposer plainte "contre le personnel et la structure" en mai 2021 dans le but d'obtenir une expertise d'un médecin légiste.

"Il y a eu une enquête ouverte et des personnes auditionnées, et en septembre 2021 j'apprends avec beaucoup de désarroi que la plainte a été classée sans suite" explique-t-elle avant de poursuivre: "en février je reçois un appel de la brigade des mineurs de Lille qui me dit que le parquet a rouvert le dossier, que le classement sans suite a été annulé et qu'une audience est prévue en 2023".

Des crèches privées "toutes puissantes"

Si son enfant "va bien aujourd'hui", Ghita dénonce la "vulnérabilité" des parents face aux crèches privées "toutes puissantes" qui "génèrent beaucoup d'argent". Selon elle, des témoignages comme le sien, "il y en a plein", mais les parents n'ont pas toujours la possibilité de s'exprimer.

"Quand un parent pointe du doigt une maltraitance dans une crèche, c'est une onde sismique, vous vous retrouvez avec un enfant sur les bras, professionnellement c'est une catastrophe" déplore-t-elle, soulignant qu'elle a "perdu beaucoup de temps et d'argent".

"On essaie d'étouffer les dénonciations"

En parallèle de la plainte déposée, Ghita a alerté les autres parents de la crèche. L'une des responsables de l'établissement lui aurait alors reproché d'avoir déclenché une "vague d'anxiété" et fait "d'un problème individuel une affaire collective".

"On voit bien que ça n'est pas un problème individuel, on essaie d'étouffer les dénonciations", martèle-t-elle.

La Lilloise appelle l'Etat à "mettre en place un contrôle des crèches" et les parents "qui ont besoin de dénoncer quelque chose" à lui écrire par mail à l'adresse protectionenfancecrèche@gmail.com afin de créer un collectif.

"C'est dramatique que pour que ça bouge il faut qu'on en arrive à des situations aussi graves, aujourd'hui la France est en deuil alors qu'on a alerté il y a un an."

Selon les informations de BFM Lyon, une autre mère de famille avait déposé plainte pour "coups et blessures" à l'encontre d'une crèche du réseau après avoir constaté des traces de violences sur son bébé de quatre mois.

RMC a tenté de joindre People&Baby à plusieurs reprises, sans obtenir de réponse.

Emilie Roussey