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Obésité: "On fait de la discrimination à l'embauche sur une maladie visible"

Le deuxième critère de discrimination à l'embauche après l'âge, c'est le poids. (Photo d'illustration)

Le deuxième critère de discrimination à l'embauche après l'âge, c'est le poids. (Photo d'illustration) - AFP

TÉMOIGNAGE - Près de 20% des personnes obèses affirment s'être fait refuser un emploi à cause de leur corpulence. Et ce sont surtout des femmes qui en sont les principales victimes. C'est le cas d'Anne-Sophie, qui a raconté son expérience douloureuse à RMC.

Pour trouver un emploi, mieux vaut avoir la ligne. Le 9e baromètre du Défenseur des droits et de l’OIT sur la perception des discriminations dans l’emploi, publié hier, révèle que les discriminations sur l'apparence physique sont grandissantes.

En tout, 10% des femmes et 6% des hommes disent avoir été discriminés à l'embauche pour leur apparence physique. Trop gros, trop tatoués, trop piercés, quand ce n'est pas la coupe de cheveux ou le style vestimentaire qui pose problème aux employeurs, c'est tout simplement l'âge qui pose problème aux employeurs. C'est le premier critère de discrimination.

"On m'a dit: 'il y a un certain standing à avoir'"

Le deuxième critère de discrimination à l'embauche après l'âge, c'est le poids. Près de 20% des personnes obèses affirment s'être fait refuser un emploi à cause de leur corpulence. Et ce sont surtout des femmes qui en seraient les principales victimes: elles déclarent être huit fois plus discriminées que les femmes sveltes.

C'est le cas d'Anne-Sophie, que RMC a rencontrée. Derrière sa crinière blonde, elle est une femme qui souffre d’obésité. Pour trouver du travail, elle a vécu un parcours du combattant. Elle raconte, ce mardi, sur RMC:

"A la sortie d'école, après huit ans d'études, je me suis présentée avec mon CV dans un petit supermarché de proximité, où j'ai postulé pour un poste de caissière, pour un job d'été. Là, une dame m'a mal regardée, de la tête aux pieds, et m'a dit: 'vous comprenez que vu le quartier où nous sommes, il y a un certain standing à avoir'".

"On est sur une maladie"

Des humiliations à répétition, qui n’ont pourtant pas eu raison d’elle. Aujourd’hui, à 45 ans, Anne-Sophie Joly a un métier: consultante en communication santé. Et un combat: elle est désormais la présidente du collectif des associations d’obèses.

"On est sur une maladie", rappelle-t-elle. "C’est-à-dire que là, on fait de la discrimination à l'embauche sur une maladie visible. Est-ce qu'on va discriminer quelqu'un qui est atteint d'une autre pathologie? Est-ce qu'on va le montrer du doigt? Est-ce qu'on cherche des compétences professionnelles et des gens qui ont envie de travailler, ou alors on se fait son propre créneau de recrutement, qui doit, concernant la femme, un critère de séduction?"

Et ces discriminations sont loin d'être isolées: aujourd’hui, 15 % des français souffrent d’obésité. Légalement, le critère de l’apparence physique fait partie des motifs de discrimination, au même titre que l'âge ou l'orientation sexuelle. C'est une exception française, car ce n'est pas le cas dans la législation européenne ni dans celle d'autres Etats membres de l'Union Européenne.

C. P. avec Eva Deroualle