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La France, société surmédicalisée? "La santé a quitté le champ de la maladie pour la consommation"

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Alors que les Français consomment des médicaments en quantité, sommes nous trop soignés? Le professeur Sicard, a dénoncé ce vendredi dans 100% Bachelot certaines dérives avec des torts partagés entre les professionnels de santé et leurs patients.

Opérations injustifiées, médicaments prescrits en quantité, multiplication des consultations... la France est-elle devenue une société surmédicalisée? C'est la question que posait vendredi Roselyne Bachelot dans 100% Bachelot alors que selon l'Insee, les dépenses de santé représentaient en 2014 190 milliards d'euros. Le professeur Didier Sicard, ancien chef de service à l'hôpital Cochin dresse un double constat: les médicaments sont souvent trop prescrits et les diagnostics trop nombreux.

"On est dans une situation très paradoxale où la santé a quitté le champ de la maladie pour entrer dans la consommation. Le marché habituel a fini par considérer que c'était une niche extraordinairement riche parce que la santé n'ayant pas de prix et indéfiniment remboursée, on finit par créer une offre sans fin", explique-t-il. 

Pour Alban, un auditeur infirmier libéral à Toulouse, ces dérives s'illustrent également dans la recherche perpétuelle du diagnostic. Il prend pour preuve l'exemple de son grand-père, âgé de 90 ans.

"Il commence à avoir des troubles cognitifs de la mémoire. Son médecin traitant lui a demandé de faire une IRM. On sait très bien que même s'ils trouvent une tumeur, même si c'est Alzheimer ils ne feront rien derrière. Mais ils ont absolument voulu qu'il passe cet IRM. Quand on connaît le prix d'une IRM, on peut quand même se poser la question, est-ce que ça valait le coup?", s'interroge-t-il.

"On a choisi le curatif au détriment du préventif"

Didier Sicard abonde dans son sens mais pour lui, les torts sont partagés avec les patients. Souvent, ces derniers, soucieux de leur santé ou de celle de leurs proches insistent pour obtenir des examens médicaux qui se révèlent inutiles.

"Il y a une sorte de réflexe défensif, l'IRM est devenu un droit (...). La médecine est confrontée à une demande sociale où le médecin a le sentiment que si le patient ressort sans médicament, c'est un mauvais médecin. C'est un non-dit partagé. Il y a un effort gigantesque à faire", poursuit le médecin. 

Pour lui, la systématisation d'examens médicaux coûteux et la surmédication pourraient pourtant être évitées. "On est le pays qui a choisi le curatif au détriment du préventif. Le problème c'est que le préventif ça demande beaucoup d'efforts, beaucoup d'intelligence et que ça rapporte très peu. Et le curatif, ça ne demande pas beaucoup d'efforts mais ça rapporte beaucoup." Il regrette que les pouvoirs publics soient "enfermés dans des contraintes, des lobbyings" et craignent aussi la réforme face aux réticences, y compris du corps médical: "il faut savoir taper du poing sur la table". 

C. B