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De la peau humaine en 3D: l’incroyable potentiel de la bio-impression

Dans "Estelle Midi" ce lundi sur RMC et RMC Story, Anthony Morel a présenté les avancées de l’impression 3D dans le domaine de la santé, avec par exemple une machine qui sera à terme en mesure de reproduire de la peau humaine.

Des organes humains imprimés en 3D. Avec par exemple, bientôt, de la peau à la demande pour soigner les grands brûlés. C’est l’incroyable potentiel de la bio-impression. Une première mondiale a eu lieu il y a quelques semaines. L’hôpital de la Conception à Marseille s’est équipé d’une bio-imprimante. Une machine qui à terme sera capable de fabriquer, à la demande, de la peau humaine implantable sur l’homme. Une révolution potentielle pour les grands brûlés, même si ça va prendre du temps, car on en est à l’étape des essais cliniques. C’est une startup qui s’appelle Poietis, basée à Pessac, en Gironde. En gros, ils ont adapté cette révolution technologique qu’est l’impression 3D (on part d’un modèle informatique et on va sculpter n’importe quel objet couche par couche), sauf qu’au lieu d’utiliser du plastique ou de la résine on va utiliser des cellules vivantes, d’un patient, pour fabriquer des tissus humains… Ces cellules, grâce à un laser piloté par ordinateur, on va les déposer sous forme de gouttelettes qui contiennent ces cellules. Elles vont s’agréger les unes aux autres selon un schéma prédéfini pour recréer la structure, la texture de la peau humaine, son élasticité, ses différentes couches (derme, épiderme…).

Au fond, c’est un peu comme un lego dont les briques seraient vivantes et minuscules, puisque le niveau de précision est de l’ordre du micromètre, c’est-à-dire un millième de millimètre. Après quelques heures, on se retrouve avec 40cm2 de substitut de peau. A quoi ça va servir ? Par exemple, pour tester le niveau de toxicité et les effets secondaires des crèmes solaires et des produits cosmétiques. Plus besoin d’utiliser des animaux. Mais à terme, l’idée serait notamment à réparer les grands brûlés ou les malades du cancer. D’ici quelques années, on pourrait leur imprimer de la peau sous forme de greffe, en utilisant leurs propres cellules, en ambulatoire : une imprimante 3D installée dans un bloc opératoire pourrait "imprimer" une greffe de peau directement sur la plaie !

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Un cœur en 3D ?

Peut-on aller encore plus loin ? Imprimer un foie ou un cœur par exemple ? C’est le but ultime mais on en est loin… Reproduire la structure du cœur humain dans toute sa complexité, avec ses vaisseaux sanguins, ses ventricules... Des chercheurs de Tel Aviv sont parvenus à recréer un cœur de 2,5 centimètres. C’est la taille d’un cœur de lapin, mais potentiellement il est biocompatible, c’est-à-dire qu’à terme, on pourrait le greffer au patient. Le potentiel à terme est énorme : ce serait d’utiliser l’impression 3D pour réparer un cœur en mauvais état, la partie du cœur qui ne fonctionne plus ou qui fonctionne mal, ou carrément le remplacer, réaliser une greffe de cœur, sans risque de rejet, sans avoir besoin de prendre de médicaments. Evidemment, il ne s’agit pas de donner de faux espoirs à tous ceux qui nous écoutent, ce genre de cœur en 3D ne sera pas réalisable à la demande avant des années… Mais les chercheurs imaginent que d’ici dix ans, les hôpitaux pourraient être équipés d’imprimantes 3D capables d’imprimer des tissus humains à la demande.

Au fond la promesse, c’est que demain, on sera capable de remplacer une partie du corps "à la carte", le réparer mais aussi l’améliorer ! Le rêve serait de pouvoir imprimer intégralement un foie, un rein ou un cœur, pour compléter le don d’organes. Remplacer une partie du corps humain comme on change une pièce de voiture ! Avec toutes les questions éthiques que ça va poser, autour de l’homme augmenté. Tant qu’il s’agit de chirurgie réparatrice ou reconstructrice, de don d’organe, ça va… Mais si on est capable de créer des tissus de toutes pièces, on peut aussi les améliorer, créer des organes plus performants que ceux dont on dispose aujourd’hui, comme un foie super résistant à l’alcool pourquoi pas ! Des chercheurs de Princeton ont créé une oreille bionique, capable de détecter des fréquences sonores qui vont bien au-delà du spectre que perçoit une oreille normale. De là à ce que la chirurgie nous transforme en superhéros, il n’y a qu’un pas… 

Anthony Morel