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Général Desportes: "Petit à petit, l'armée se dégrade et n'a pas les moyens de remplir sa mission"

Le général Vincent Desportes, ancien général de division de l'Armée de terre, ce mardi chez les Grandes Gueules.

Le général Vincent Desportes, ancien général de division de l'Armée de terre, ce mardi chez les Grandes Gueules. - RMC

Pour le général Vincent Desportes, les capacités militaires de la France s'affaissent dangereusement. "On fait croire aux Français qu'ils sont toujours autant défendus, à un moment où les menaces explosent", s'est-il alarmé ce mardi, invité du Grand Oral des Grandes Gueules, sur RMC.

"On ment depuis des années aux Français quant à l'état de leur défense". Le général Vincent Desportes, ancien général de division de l'Armée de terre, estime que l'armée française est aujourd'hui menacée. "Petit à petit, l'armée se dégrade et elle n'a pas les moyens de remplir sa mission", a-t-il dénoncé ce mardi, invité du Grand Oral des Grandes Gueules sur RMC.

"Aujourd'hui, les armées françaises sont sur-déployées sur de très nombreux territoires. Nous n'arrivons pas à gagner les guerres dans lesquelles nous nous lançons", a regretté l'auteur de La Dernière bataille de France, aux éditions Gallimard. Sans compter, selon lui, l'opération Sentinelle, qui déploie, depuis janvier 2015, 10.000 sur notre territoire.

"On fait croire aux Français qu'ils sont défendus"

Pour le général Desportes, docteur en Histoire et ancien directeur de l'Ecole de guerre, les capacités militaires de la France s'affaissent dangereusement. "Cela fait 25 ans que le budget des armées décroît", a-t-il déploré. "Et on fait croire aux Français qu'ils sont toujours autant défendus, à un moment où les menaces explosent".

Vincent Desportes estime que la France se désengage toujours trop tôt, sans avoir eu le temps de transformer les victoires tactiques en résultats stratégiques. La France, estime-t-il, s'engage sur un théâtre, puis, beaucoup trop rapidement, elle est obligée de se désengager pour aller s'engager ailleurs: Sahel, Syrie, Ukraine, etc. "On a surexposé la France de manière stratégique", a-t-il analysé.

"Nous sommes responsables du foutoir installé au Sahel"

"Qu'est-ce que le Bataclan? C'est le fait qu'on a suffisamment bombardé la Syrie, pour déclencher le Bataclan, et pas suffisamment pour l'empêcher". Pour lui, la France aurait dû en tirer des conséquences, ce qui n'a pas été fait. "Aujourd'hui, on a une parfaite inadéquation entre les missions confiées aux armées, les menaces et les risques qui augmentent et les moyens militaires et de sécurité dont la France dispose".

Autre exemple parlant, selon lui, "le foutoir qui est installé au Sahel, nous en sommes quand même assez profondément responsable". "C'est une conséquence très directe de l'opération lancée par le président Sarkozy en mars 2011, qui a fait exploser le Sahel en détruisant l'un de ses piliers de stabilité, qui était le régime libyen", a-t-il vitupéré.

"L'exécutif doit dire la vérité aux Français"

"Daesh, c'est le fruit de l'intervention américaine en Irak", mais "ils ne s'en occupent pratiquement pas", a-t-il regretté. "Et nous, nous répartissons nos moyens entre Daesh et entre le Sahel". "On est allé frapper Daesh, et nous récoltons le Bataclan", a-t-il tonné. "Oui, il faut intervenir, mais alors donnons-nous les moyens de l'intervention. Le problème, c'est celui de l'inadéquation".

Et de s'alarmer: "On voit bien que nous sommes dans le mur". "L'exécutif doit la vérité aux Français", a-t-il conclu. "Et prendre, très vite, les mesures qui permettrons de redresser notre appareil militaire et notre appareil de sécurité, parce que nous rentrons dans un temps de grande menace".

C. P.