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20 ans après l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, le risque industriel n'a pas disparu

EXPLIQUEZ-NOUS - 20 ans plus tard, Toulouse commémore mardi l'explosion meurtrière de l'usine AZF qui a traumatisé la Ville rose. Un drame qui pourrait se reproduire, selon un expert.

21 septembre 2001, 10h17... C’était il y a exactement 20 ans, l'explosion de l’usine AZF à Toulouse avait fait 31 morts et 2.500 blessés. 20 ans après, un expert estime que ce drame pourrait se reproduire.

Il s’appelle Paul Poulin, expert en risque industriel et il publie aujourd’hui un livre au titre très explicite: Tout peut exploser. Tout peut exploser, à cause principalement des nitrates d’ammonium, le produit responsable de l’explosion à Toulouse il y a 20 ans, mais aussi de l’explosion dans le port de Beyrouth il y a un peu plus d’un an. 

Au départ, les nitrates d’ammonium étaient des explosifs utilisés dans le civil et le militaire, puis on s’est aperçu qu’ils faisaient d'excellents engrais agricoles. Par exemple pour accélérer la pousse des céréales. Et la France en est devenue le deuxième consommateur au monde. Nous importons tous les ans 300.000 tonnes de nitrates d’ammonium.

Des nitrates d'ammonium en pleine région parisienne

Selon l'expert Paul Poulin, les conditions de sécurité ne sont pas satisfaisantes. Le transport par camion, par péniche ou par train qui présente toujours un risque. Il évoque par exemple la gare de triage de Drancy en région parisienne où passent tous les ans 2.000 trains transportant chacun 300 tonnes de nitrates d’ammonium. Tout près d’une grande gare de RER et dans un secteur très urbanisé.

L’expert s'inquiète aussi des centres de stockage gigantesques à Marseille ou Saint-Malo.

Mais le plus préoccupant selon lui, c’est que l’on peut détenir jusqu’à 250 tonnes de ce produit en France, sans être soumis à des obligations particulières de sécurité et sans faire l’objet d’inspections. Et 250 tonnes c’est presque la quantité de nitrate d’ammonium qui était stockée à Toulouse. D'où l'alerte lancée: cette catastrophe peut se reproduire.

Aujourd'hui, on est sûrs que l'explosion d'AZF était un accident. La catastrophe est survenue dix jours seulement après les événements du 11 septembre aux Etats-Unis. Et forcément, l’hypothèse d’un attentat a été évoquée. D’autant plus, on s’en souvient qu’un ouvrier avait retrouvé parmi les victimes, portant sur lui 5 caleçons ce qui avait fait penser qu’il s’agissait peut-être d’un kamikaze.

Cette piste a finalement été écartée. La justice, à l’issue de trois longs procès, a conclu qu’il s’agissait d’un accident dû à la négligence. Avec un seul responsable: le directeur du site condamné à une peine avec sursis… Jugement forcément décevant par rapport au traumatisme subi par Toulouse. Il faut se souvenir de cette terrible explosion entendue à 80 kilomètres à la ronde.

La pire catastrophe industrielle de l'après-guerre en France

31 morts, 2.500 blessés, des scènes de guerres au sud de Toulouse. Les voitures renversées par le souffle de l’explosion sur la rocade. 85.000 sinistrés. Et aujourd’hui encore, des Toulousains qui souffrent encore de leurs blessures, physiquement ou psychologiquement. C’était bien la pire catastrophe industrielle de l'après-guerre en France.

Mais pas la seule causée par le nitrate d’ammonium. Le quotidien Libération a recensé les principaux accidents causés par ce dangereux engrais. Bien sûr, la catastrophe du port de Beyrouth il y a un peu plus d’un an. 2.700 tonnes de ce produit était stockées sans surveillance depuis 6 ans dans un entrepôt. Et on connaît la suite, une explosion monstrueuse, qui a tué 220 personnes.

En 1947, au large de Brest, un cargo norvégien a explosé. Une explosion si forte qu’une pluie de débris du bateau est retombée sur la ville. Mais la première grande catastrophe du nitrate d’ammonium, c'était dans une usine en Allemagne, une explosion qui avait tué plus de 500 personnes. Hasard du calendrier, c’était le 21 septembre 1921. C'est-à-dire il y a 100 ans, jour pour jour. Et un siècle plus tard, ce risque n’est toujours pas maîtrisé.

Nicolas Poincaré