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Le cash va-t-il disparaître de nos porte-monnaie? "Ça va dans le sens de l'Histoire"

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Au Danemark, les boutiques pourront désormais refuser les paiements en liquide entre 22 heures et 6 heures. Une mesure qui relance le débat de la dématérialisation des paiements. En France, 50% d'entre eux se font par carte bancaire. Le bon vieux cash est-il voué à disparaître? Eléments de réponse avec Michel Aglietta, économiste et auteur du livre La Monnaie. Entre dettes et souveraineté.

Michel Aglietta est économiste, conseiller scientifique au CEPII (Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales) et membre du Haut Conseil des Finances publiques depuis 2013. Il est l'auteur du livre La monnaie. Entre dettes et souveraineté (Odile Jacob, 2016).

"Une monnaie peut exister sans espèces. La France va suivre le chemin de la Scandinavie mais beaucoup plus lentement. Car ça coûte aux banques de faire l'intermédiaire. Ce que les gens ne comprennent pas c'est que plus on dématérialise les moyens de paiement, plus le système est lourd. Ça suppose des ordinateurs, ça consomme plus d'électricité etc... Ces systèmes de paiement sont fragiles, il faut qu'ils soient régulés. Parce qu'une panne dedans peut avoir des effets assez catastrophiques.

Mais c'est vrai que cela va dans le sens de l'Histoire. On est passé du paiement au détail avec beaucoup de billets, puis on est passé aux chèques, peu sécurisés. La carte électronique est ensuite arrivée, et on peut aller maintenant aller vers une monnaie virtuelle.

"Les Allemands par exemple, font confiance à l'argent liquide"

Les individus aussi suivent l'évolution des technologies, c'est normal qu'il y ait moins de cash qu'avant. Mais certains pays ont un rapport différent par rapport au cash. Les Allemands par exemple, font confiance à l'argent liquide, plus que dans d'autres pays, c'est pour eux que l'Europe a fait les grosses coupures. Les Anglo-Saxons et les Scandinaves y sont beaucoup plus attachés.

En France, on n'est pas comme les Scandinaves, même si la proportion de cash a fortement baissé ces 30 ou 40 dernières années. Les pays scandinaves sont dans cette logique parce que l'informatique a été très fortement développée. En même temps, ce sont des pays de petite dimension, c'est donc plus facile de réaliser cette conversion en cash électronique. Mais les gens aiment aussi le fait que l'usage du cash soit anonyme. Et la dématérialisation du paiement fait que les transactions sont traçables.

"Ca prendra beaucoup de temps"

Pour que le cash disparaisse, il faudrait que les systèmes de paiement aient été profondément transformés. Et ça prendra beaucoup de temps. Les systèmes de paiement évoluent depuis des milliers d'années. La monnaie n'est pas un objet, c'est un système qui doit être centralisé. Pour l'heure, les systèmes de paiement sont hiérarchisés et vérifiés par la Banque centrale. Elle émet une dette fiable puisque tout le monde a une confiance unanime en cette monnaie. Il faudrait donc que la Banque centrale émette du cash électronique.

La possibilité la plus moderne qui pourrait arriver, c'est à travers la blockchain, c’est-à-dire une centralisation faite par des ordinateurs sans que ça passe dans les réseaux de la banque centrale, comme les bitcoins. C'est une technologie qui est sécurisée, transparente et qui garantit l'anonymat. Mais à l'heure actuelle, ce n'est pas intégré dans les systèmes de paiement. La question est de savoir si ce système de blockchain pourrait être mis entre les mains de la banque centrale qui pourrait émettre du cash électronique pour la population, mais c'est encore futuriste".

Propos recueillis par Paulina Benavente