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Le ton montre entre le patron de TotalEnergies et les partisans d'une taxe sur les superprofits

Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a menacé d'une réorientation des investissements des entreprises en cas de taxation sur les superprofits en France.

A l’Assemblée nationale, ce mercredi, la Nupes poussait une tentative d’organisation de référendum d’initiative partagé (RIP) sur la taxation des superprofits des grandes multinationales que la crise sanitaire et la guerre en Ukraine ont enrichi. En même temps, Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies, était audtionné en commission à l'Assemblée nationale.

Face aux députés, il a décidé de hausser le ton. Il estime que la mise en place de ce mécanisme risquerait d’entraîner une réorientation des investissements au sein des entreprises. Pour lui, une telle taxe "enverrait un mauvais signal aux investisseurs internationaux (dans un contexte) de fortes tensions". Ainsi, TotalEnergies pourrait aller dans le pays le moins taxé et ne laisserait que 60% des raffineries dans l’Hexagone.

"En matière de raffinage, il me paraît évident que l'Europe est le bon périmètre, parce que les produits essence et diesel alimentent le marché européen", et pas seulement la France, a-t-il notamment déclaré.

Pas d'impôts sur les bénéfices en France en 2021

Il faut savoir que TotalEnergies paye très peu d’impôts sur les bénéfices en France. Il n’en a même pas payé du tout en 2021 sur des profits pourtant colossaux, mais réalisés ailleurs qu’en France. Au niveau mondial, le groupe pétrolier paiera, cette année, 30 milliards de dollars d'impôts et de taxes, contre 16 milliards en 2021 et 6 milliards en 2020, principalement dans les pays où TotalEnergies extrait du pétrole et du gaz.

En effet, un profit est taxé dans le pays où il est réalisé et ne peut être taxé qu’une seule fois. En France, les activités de TotalEnergies (siège, raffinage, stations services) ont été déficitaires: le groupe n'a donc pas payé d’impôts sur les bénéfices. Ce ne sera pas le cas, par contre, en 2022.

En effet, étant donné les profits records, les 171 millions qu’ont coûté la ristourne de 12 puis 20 centimes à la pompe ne sont qu’une goutte d’eau: ils représentent environ 1% des profits réalisés au premier semestre sachant que cette mesure permet aussi d’augmenter la fréquentation de ses stations de l’ordre de 40% par rapport à la même période l’an passé. Alors même avoir déjà vu la fréquentation de ses stations sur autoroutes bondir de 20 à 25% cet été grâce à une remise de 12 centimes.

Par contre, Patrick Pouyanné s'est dit favorable à la taxation européenne proposée par la Commission européenne. Le principe: une contribution demandée aux producteurs de gaz, charbon ou pétrole à hauteur de 33% des bénéfices supérieurs à plus de 20% à la moyenne des trois dernières années.

Emmanuel Lechypre (avec MM)