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Nombre de cas, régions, période: pourquoi cette épidémie de grippe aviaire est inédite

Depuis le mois de novembre, 16 millions de volailles ont été abattues en France, un chiffre record. Et les zones touchées par cette épidémie de grippe aviaire et la période de contamination sont aussi inédites. Explications.

16 millions de volailles ont été abattues en France depuis le début de l'épidémie de grippe aviaire en novembre dernier. Un chiffre record pour une crise sanitaire inédite. Cette année, la grippe aviaire a touché la France dans des régions qui n’y étaient pas habituées, à des dates qui ne sont pas normales et avec un virus beaucoup plus contagieux que les années précédentes.

Habituellement, la grippe aviaire touche les élevages du Sud-Ouest, en particulier les élevages de canard, en novembre, au moment où les oiseaux sauvages migrent vers l'Afrique. En passant, ils contaminent les fermes. Le phénomène s’observe presque tous les ans.

Une deuxième vague de contamination inédite

Sauf que cette année, pour la première fois, on a assisté à une deuxième vague de contamination en mars, lors de la migration retour des oiseaux sauvages. Cette fois, la région Pays de la Loire a été la plus touchée, en particulier en Vendée. Dans ce département, 500 foyers de contamination ont été recensés. Il a ainsi fallu abattre les cheptels de 500 fermes, laissant 90% des sites d'élevages vendéens totalement vides.

Début mai, le pic épidémique est sans doute passé. Le Sud-Ouest connaît un retour à la normale et la Bretagne, première région de production (40% des poulets français sont bretons), n’a pas été trop touchée. Malgré tout, le ministère de l’Agriculture signale encore l'apparition de nouveaux foyers, en Dordogne par exemple.

Toute la filière est sinistrée

Il faudra des mois avant de retrouver le niveau de production d’avant la crise. Toute la filière est sinistrée: éleveurs, intermédiaires, exportateurs, usines de transformation. Pour l’Etat, qui indemnise les producteurs, le coût sera aussi énorme. De leur côté, les producteurs s'inquiètent pour l’avenir: si ce virus devait désormais revenir deux fois par an, les conséquences seraient catastrophiques.

Malgré cette crise, il ne devrait pas y avoir de pénuries de volailles dans les supermarchés. En revanche, de fortes augmentations des prix sont à prévoir. Le prix des œufs a déjà doublé depuis l’été dernier et le prix du poulet va augmenter dans les mois qui viennent d’au moins 20%.

En attendant, les spécialistes préconisent la réduction de la taille des élevages intensifs, l’éloignement des grandes fermes des unes des autres, et la réduction de la segmentation de la filière. Actuellement, les poussins naissent dans de grandes couveuses, puis les poulets sont élevés dans une ferme, abattus ailleurs, et la viande est enfin transformée dans un autre lieu. A chaque étape, ce sont des risques de contamination supplémentaires.

Un vaccin en phase de test

Pour lutter contre cette épidémie, un vaccin est actuellement en phase de test. En cas de succès, il faudra encore obtenir une autorisation et les campagnes de vaccination ne commenceraient au mieux que dans 18 mois, à l’hiver 2023-2024.

Les cas de contaminations humaines existent mais sont rarissimes, et concernent des personnes qui ont été au contact direct de volailles infectées. Un Anglais et un Américain du Colorado ont été contaminés récemment, mais ni l’un ni l’autre n’ont eu de symptômes graves. Un enfant de quatre ans a aussi été testé positif il y a quelques jours dans une ferme en Chine. Rien de grave pour l’instant, mais depuis deux ans, nous savons qu’il faut se méfier des virus et qu’ils peuvent muter. On ne peut pas exclure qu’un jour, la grippe aviaire soit plus dangereuse pour l’homme. Mais jusqu’à présent, jamais personne n’a été contaminé en mangeant du poulet ou du canard.

Nicolas Poincaré