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Réduction des droits au chômage des seniors: "Sur le marché du travail, on ne vaut plus rien"

TEMOIGNAGES - Pour résorber la dette du système d'assurance chômage, l'Afep, l'Association des entreprises privées, suggère de diminuer la durée d'indemnisation des chômeurs seniors. Aujourd'hui, les plus de 50 ans au chômage ont droit à trois ans d'indemnisation, contre deux ans pour les autres. L'Afep propose de relever ce seuil à 55 ans. Une proposition inquiétante pour les seniors concernés…

L'épineux dossier de l'assurance chômage est de retour. Ce lundi après-midi, patronat et syndicats se retrouvent pour renégocier les règles d'indemnisation des chômeurs. Il s'agit de trouver des solutions et un accord pour résorber la dette du système d'assurance chômage alors que les comptes de l'Unedic sont dans le rouge depuis sept ans (cette année, la dette du régime devrait être de près de 30 milliards d'euro, ndlr). Parmi les pistes évoquées, l'Afep, l'Association des entreprises privées, suggère de diminuer la durée d'indemnisation des chômeurs seniors.

Aujourd'hui, les plus de 50 ans au chômage ont droit à trois ans d'indemnisation, contre deux ans pour les autres. L'Afep propose de relever ce seuil à 55 ans. Une proposition inquiétante pour les seniors concernés comme Martine. Depuis deux ans, cette informaticienne de 55 ans se rend presque toutes les semaines dans son agence Pôle emploi mais, malgré ses efforts, elle n'arrive toujours pas à retrouver un emploi.

"Il faut nous aider"

"En fin de compte, on a l'impression que l'on ne vaut plus, estime-t-elle, dépitée. Sur le marché du travail, on ne vaut plus rien… Même si vous avez un acquis de 30-35 ans derrière vous, vous ne valez rien. Il faut donc nous aider car c'est plus dur". Une aide qui existe à l'heure actuelle mais que le patronat voudrait donc voir disparaître. Mais cela ne se fera pas sans contrepartie assure Claude Waret, président de la Fédération pour le développement de l'emploi des séniors.

"Relever le seuil de 50 à 55 ans? Pourquoi pas mais à une condition: que les entreprises gardent les personnes entre 50 et 55 ans parce qu'il n'y a pas de raison valable pour que ce soit l'âge qui soit le critère pour que les gens sortent de l'entreprises", revendique-t-il. Le patronat semble bien décidé à mettre cette proposition sur la table, avec un argument budgétaire de poids: la mesure permettrait d'économiser 450 millions d'euros.

Les différentes pistes à l'étude

- Taxer les contrats courts:

Selon une note du Conseil d'analyse économique, depuis 2000, les contrats de moins d'un mois ont explosé en France. Des contrats courts qui s'enchaînent en grande partie dans une même entreprise. Ces contrats précaires sont ceux qui coûtent le plus cher à l'assurance chômage. Leur coût pour l'Unedic varie de 4,8 à 9,3 milliards d'euros selon les estimations.

- Rendre les allocations chômage dégressives:

Aujourd'hui, un demandeur d'emploi reçoit une allocation constante pendant toute la durée d'indemnisation. L'idée serait de baisser progressivement le montant de l'allocation.

- Raccourcir la durée des droits au chômage:

Actuellement, elle est de deux ans au maximum et de trois ans pour les plus de 50 ans. La Cour des comptes préconise par exemple de faire passer ce seuil à 55 ans.

- Réduire le montant de l'indemnité journalière

- Donner droit aux allocations seulement après 6 mois de travail

M.R avec J.Droz et M.Regnier