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10 ans après le début de la guerre en Syrie, comment Bachar al-Assad a réussi à se maintenir au pouvoir

EXPLIQUEZ-NOUS - On commémore cette semaine le dixième anniversaire de la guerre en Syrie. Le pays est en ruine, mais son président Bachar El Assad est parvenu à se maintenir au pouvoir.

C’est un exploit. Attaqué de toutes parts, Bachar est toujours là. Il y a dix ans pourtant, personne ne donnait cher de sa peau. Les printemps arabes venaient d’emporter Ben Ali en Tusinie et Moubarak en Egypte.

En Syrie, les premières manifestations ont eu lieu le 15 mars 2011 à Damas, la capitale, puis à Déra. Dans cette ville, une dizaine de gamins de 13 à 17 ans ont été arrêtés pour avoir écrit des graffitis. Ils avaient marqué sur les murs : “Ton tour arrive, docteur”.

"Docteur", c’était le surnom du président parce qu’il a une formation d’ophtalmo. Les ados ont été arrêtés et torturés. Leurs parents sont allés en délégation voir le chef de la sécurité de la ville qui était un cousin de Bachar. Avec un incroyable cynisme il leur a dit. "Oubliez vos enfants, vous ne les reverrez plus. Aller voir vos femmes pour leur faire d'autres enfants. Sinon je m’en charge."

Et pour enfoncer le clou il a rendu aux parents un corps: celui d’un enfant de 13 ans horriblement torturé. Aussitôt, des manifestations ont éclaté, la répression a été terrible. C'est ainsi que le pays a basculé dans la guerre civile.

10 ans après, il n’y a pas un Syrien qui ne connaisse pas cette histoire fondatrice.

Depuis 10 ans, le régime de Bachar El Assad a malheureusement commis bien d'autres exactions

Le président syrien est accusé par l’ONU de crimes de guerres et de crimes contre l’humanité. On ne va pas en faire la liste ce mardi matin, mais on peut raconter l’histoire de César. C'était un photographe légiste militaire. Son boulot c’était de photographier les morts pour les archives officielles.

Sauf qu’en 2013, il s’est enfui du pays avec ses clefs USB. Elles contenaient 45.000 photos d’horreurs. Les images de 6.627 détenus morts en prison sous la torture. Plus 4.000 civils exécutés hors des prisons. Les photos ont été authentifiées par 3 procureurs du tribunal pénal international. L’un d’entre eux a commenté : ces images prouvent l’existence d’une industrie de la mise à mort jamais vu depuis l’holocauste.

Bachar al-Assad est aussi le président qui a utilisé des armes chimiques contre son peuple

Oui et même contre la population de sa capitale. A l’été 2013, du gaz Sarin a été utilisé contre les habitants du quartier de Jobar à Damas et tout près dans la Ghouta orientale. Une arme de terreur qui a tué entre 400 et 1.400 personnes.

La preuve absolue de ce crime avait été apportée par deux journalistes français, Jean-Philippe Rémy du Monde et le photographe Laurent Van der Stock. Ils avaient ramené des urines des blessés et surtout leur propre sang, puisque Van der Stock avait lui-même été touché par les gaz. Les analyses faites par les militaires français à Paris ont prouvé l’utilisation de ces gaz interdits.

A l’époque, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France avaient envisagé des frappes contre la Syrie. Mais Obama avait renoncé au dernier moment. Et voilà comment Bachar El Assad a pu rester au pouvoir.

Le rôle de la Russie 

Sans oublier bien sûr que ce sont les Russes qui sont venus le sauver lorsqu’il était en train de perdre la guerre. Sans oublier non plus que ses ennemis se sont révélés être au moins aussi épouvantables que lui. Si bien que nous, les occidentaux on a préféré faire la guerre aux islamistes de Daesh, plutôt qu’au tyran de Damas et c’est pour cela qu’il est toujours là et bien là.

Lundi pour le dixième anniversaire de cette guerre, le tyran est resté dans son palais, un gigantesque bâtiment moderne construit sur une colline qui domine Damas. Il y était avec sa femme, Asma, très charmante et distinguée anglo-syrienne. Ils n’ont pas bougé parce qu’ils souffrent tous les deux du Covid. On n'en sait pas plus.

Bachar al-Assad règne aujourd’hui sur un pays à genoux et en ruine. Il prévoit de se faire réélire président l'été prochain. A moyen terme, il compte laisser le pouvoir à son fils, Affez Junior qui a 20 ans aujourd’hui et paraît-il de belle disposition pour être un jour le prochain dictateur.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)