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Activités de Lafarge en Syrie: "Il est temps que cette entreprise réponde de ses actes"

Un an après les premières révélations, l'enquête sur le cimentier franco-suisse LafargeHolcim, mis en cause pour avoir indirectement financé des groupes armés en Syrie dont l'organisation jihadiste Etat islamique, a été confiée à trois juges. Une décision qui réjouit Me Marie Dosé, avocate de l'association Sherpa et de 11 employés syriens qui ont travaillé pour le cimentier.

Une information judiciaire pour "financement d'entreprise terroriste" et "mise en danger de la vie d'autrui", visant le cimentier franco-suisse LafargeHolcim, a été ouverte vendredi dernier, suite à la plainte déposée en novembre dernier par l'association Sherpa et le centre européen des droits constitutionnels de Berlin. Elle a été confiée à deux juges d'instruction du pôle financier et à un magistrat instructeur du pôle antiterroriste. L'enquête devra déterminer les liens qu'a pu entretenir le géant du ciment, notamment avec l'EI, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit, la cimenterie de Jalabiya (nord du pays), un investissement phare pour le groupe.

"Lafarge va pactiser avec le diable"

"Cette cimenterie a fonctionné avec l'autorisation de l'Etat islamique, rappelle sur RMC, Me Marie Dosé, l'avocate de l'association Sherpa et de 11 employés syriens qui ont travaillé pour LafargeHolcim. En effet, à compter de 2011-2012, l'Etat islamique va petit à petit envahir et occuper le nord de la Syrie et notamment la zone où se trouve cette usine. A partir de là, toutes les entreprises partent. Sauf Lafarge".

Or, selon elle, "quand on décide de rester dans une zone occupée par Daesh, on ne peut que pactiser avec le diable parce que, pour maintenir son activité économique, il faut être autorisé par Daesh à le faire." Pour cela, "ils vont payer, faire donnant-donnant, donner une contrepartie, renseigne l'avocate. Par exemple, ils vont payer des laisser-passer aux checkpoints, aux barrages mis en place par Daesh pour pouvoir faire circuler la marchandise et les employés".

"Les salariés sont devenus des boucliers humains"

"Ils vont aussi acheter du pétrole, ajoute Me Marie Dosé. Or, le pétrole en Syrie n'existe que dans le nord, zone occupée par l'Etat islamique. C'est donc l'Etat islamique qui a le pétrole. Pour fabriquer du ciment, il faut du pétrole donc Lafarge va acheter du pétrole à l'Etat islamique". "Ça a même été plus loin que ça parce que Lafarge a sacrifié ses employés syriens. C’est-à-dire que l'entreprise les a mis en danger. Ces employés ont été régulièrement enlevés, rançonnés sans que Lafarge ne paye à chaque fois les rançons", déplore-t-elle encore.

Pire, "lorsque l'Etat islamique finit par envahir l'usine, en 2014, Lafarge demande à ses employés de rester, de se cacher dans les tunnels. Elle ne prévoit aucun plan d'évacuation et les livre à eux-mêmes. Les salariés sont donc devenus des boucliers humains, sacrifiés à l'autel du profit économique de cette entreprise". Et de conclure: "Il est donc temps que cette entreprise réponde de ses actes".

M.R avec Jean-Jacques Bourdin