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Attentat à Istanbul: "Le pays échappe aux autorités turques"

Le triple attentat suicide survenu à Istanbul mardi vient s'ajouter à la longue liste d'attaques terroristes en Turquie. Pour Dorothée Schmid, spécialiste de la Turquie à l'Ifri invitée sur RMC mercredi, la répétition de ces attaques démontre que la pays est confronté à une "situation politique extrême".

Le terrorisme a de nouveau touché la Turquie. Mardi, trois kamikazes ont tué au moins 36 personnes à l'aéroport d'Istanbul. Un nouveau drame qui s'inscrit dans une longue série d'attaques dans le pays où à plusieurs reprises Istanbul et Ankara ont notamment été touchées. L'attentat n'a pas encore été revendiqué mais déjà les autorités turques ont mis en cause le groupe Etat islamique.

"Ca a un peu une tête d'attentat de Daesh parce que ça frappe un lieu touristique et que quand des gars débarquent avec des kalachnikovs et qu'ils arrosent, ça nous rappelle des images familières" reconnaît Dorothée Schmid, chercheur et responsable du programme "Turquie contemporaine" à l'Ifri.

"La Turquie est dans une situation de tension extrême"

Mais pour la chercheuse, "ces attentats montrent que la Turquie est dans une situation de tension politique extrême". La Turquie est en effet mobilisée sur plusieurs fronts internes et externes qui la rendent vulnérable explique-t-elle. "Il y a des groupes extrémistes, des groupes séparatistes kurdes qui ont revendiqué beaucoup d'attentats, notamment les attentats à Ankara qui ont fait des dizaines de morts", rappelle Dorothée Schmid.

Outre les tensions politiques avec les Kurdes, la Turquie s'inquiète aussi de leur montée en Syrie, où ils sont appuyés par la force occidentale. La Turquie est aussi engagée dans la coalition internationale contre le groupe Etat islamique. Une situation face à laquelle lors de chaque attaque, les autorités turques tentent de garder le contrôle.

"On a toujours à peu près le même scénario: le blackout sur l'information qui a de nouveau été décrété hier, ça veut dire qu'il n'y a que les journalistes étrangers quand ils ont des autorisations de filmer qui peuvent nous expliquer ce qui est en train de se passer et puis après le gouvernement sort une explication", explique-t-elle.

Comme mardi, les autorités turques s'empressent aussi à chaque fois de désigner un responsable. "Ca avait été le cas au début de l'année quand on avait eu un attentat près de la mosquée bleue à Istanbul, où extrêmement rapidement les autorités turques nous avaient dit qu'elles avaient identifié le kamikaze, que c'était un syrien d'origine saoudienne alors qu'on ne connaissait pas encore le bilan des morts", se souvient Dorothée Schmid. Pour elle,"les autorités turques veulent tenir le scénario mais leur pays leur échappe". 

Carole Blanchard