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Brexit: accueillir les migrants de Calais à Douvres? "Jamais de la vie", pour les habitants

Un policier se tient près de graffitis durant le démantèlement de la partie sud de la "Jungle" de Calais, le 10 mars 2016.

Un policier se tient près de graffitis durant le démantèlement de la partie sud de la "Jungle" de Calais, le 10 mars 2016. - DENIS CHARLET - AFP

La habitants de la ville britannique de Douvres, située en face de Calais et qui a voté à plus de 60% en faveur du Brexit, refusent pour la plupart de renégocier les accords du Touquet qui statuent sur la frontière entre les deux pays.

"Pensez-vous qu'on les accepterait ici? Les voyous que vous hébergez à Calais? Jamais de la vie !", profère David, un retraité de Douvres, petite ville britannique face à Calais, qui a voté comme plus de la moitié des habitants pour une sortie de l'Union européenne.

Un vote contre l'institution européenne mais surtout contre l'immigration. Car de l'autre côté de la Manche, côté français, des milliers de migrants rêvent de rejoindre l'Angleterre. 

Les accords du Touquet dans le viseur

Après le Brexit du Royaume-Uni, certains politiques français se sont engouffrés dans la brèche pour demander une renégociation des accords du Touquet, conclus par Londres et Paris en 2003, et qui fixent à Calais la frontière franco-britannique.

C'est le cas de Xavier Bertrand, président Les Républicains (LR) de la région des Hauts-de-France. "Les Britanniques ont souhaité reprendre leur liberté, ils doivent reprendre leurs frontières", a-t-il lancé, lors d'un point-presse près de la Gare du Nord à Paris, exhortant le gouvernement à agir "dès maintenant, sans attendre la fin du processus" de sortie, car "cette situation dramatique ne peut plus durer".

Natacha Bouchart, la maire LR de Calais, demande, quant à elle, à ce que la frontière ne soit plus à Calais mais à Douvres, ce qui permettrait aux réfugiés d'accéder plus facilement à leur destination et de ne pas rester bloqués en France si la législation britannique change avec le Brexit. Elle préconise d'ailleurs l'ouverture d'un camp de migrants outre-Manche. 

Les habitants de Douvres refusent la négociation

"Parce que l'on a voté démocratiquement la sortie de l'UE, tout d'un coup nos voisins deviennent agressifs (...) Bien sûr, je compatis avec les habitants de Calais, c'est terrible ce qu'ils vivent et c'est normal qu'ils veuillent que nous accueillions les migrants ici, mais ce qui a été signé avec la France n'a rien à voir avec la sortie de l'UE. Ce n'est pas parce que l'on a voté pour le Brexit que l'on doit réduire cet accord en pièces", s'insurge John, un autre retraité de Douvres.

Et si la proposition de la maire de Calais devait être étudiée, elle serait rejetée par les Anglais, estime le maire adjoint de Douvres, Christopher Precious: "tant que les migrants restent dans un endroit précis, Calais, malheureusement, on peut s'en occuper. Dès qu'ils arriveront ici à Douvres, ils ne voudront pas rester dans un camp, ils se disperseront. Ce sera impossible à gérer". Pour l'élu, c'est lors de futures négociations avec la France qu'un compromis pourra être trouvé.

Selon les derniers chiffres la préfecture du Pas-de-Calais, près de 4.500 migrants habitent la "jungle" de Calais, dans l'espoir de rejoindre la Grande-Bretagne. D'après des associations d'aide aux clandestins (l'Auberge des migrants et Help refugees), ce chiffre atteignait un peu plus de 6.000 personnes début juin. 

A.C. avec Benoît Ballet