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De 500 à 80 journalistes à El Nacional, quand le régime de Maduro mène la vie dure aux journalistes vénézuéliens

Pour la seule année 2017, 49 médias, radio et télévision ont été fermés au Venezuela. Nos envoyés spéciaux se sont rendus dans les locaux d'El Nacional, grand quotidien du pays qui ne compte plus que 80 journalistes contre 500 il y a encore quelques mois.

Près d’une dizaine de camions d’aide humanitaire américaine destinée au Venezuela sont arrivés, jeudi 7 février, près du pont international Tienditas, dans la ville frontalière de Cucuta, du côté colombien de la frontière.

Le chef d'État contesté, Nicolas Maduro ne veut pas de cette aide internationale, la considérant comme un prélude à une intervention militaire. Voilà la version officielle du gouvernement. Pour entendre une autre voix au Venezuela, c'est très compliqué. La censure est en place depuis des années, le régime tient les médias et la communication sous contrôle.

Les radios et télévisions nationales n’ont pas le droit de faire mention de la mobilisation de l’opposition. Le journal El Nacional a fait les frais de cette censure, et ne produit plus d'édition papier depuis le début de l'année. Dans le pays, une unique société d'Etat est chargée d'importer du papier, une situation que dénoncent les organisations de journalistes et médias privés, pour qui le gouvernement utilise cela comme moyen de pression contre ceux qui le critiquent.

Rotatives à l’arrêt depuis deux mois, bureaux presque vides. Des 500 journalistes de la rédaction, il n’en reste plus que 80. Pour José Grégorio Meza, rédacteur en chef adjoint, le responsable, c’est Nicolas Maduro:

"La censure, ce n’est pas seulement le gouvernement qui te dit de ne pas écrire ça ou ça, c’est aussi qu’il t’étouffe économiquement, qu’il t’empêche d’obtenir du papier, qu’il te bloque ton site web et en ce moment, c’est particulièrement grave".

"J'avais déjà été menacé dans le passé"

Des institutions étouffées, mais aussi des journalistes personnellement attaqués. Alonso Moreiro a reçu des menaces de mort avant de devoir définitivement arrêter son émission de radio, un programme très écouté dans le pays: "Je savais que ça pouvait m’arriver, j’avais déjà été menacé dans le passé. Les journalistes ici se font retirer leur passeport, dans la rue, la garde nationale les arrête, ça le gouvernement le permet, le stimule. Ce qui n’avait pas lieu avant au Venezuela".

Les Vénézuéliens sont de plus en plus nombreux à s’informer sur les réseaux sociaux ou sur les rares médias étrangers encore accessibles dans le pays.

La retransmission des chaînes étrangères a également été restreinte par le pouvoir. En février, c'est le signal en espagnol de la chaîne de télévision américaine CNN qui a été fermé pour cause de "propagande guerrière" par le président Maduro, et en avril les chaînes colombiennes El Tiempo et argentine Todo Noticias.

Mahault Becker-Granier et Rémi Ink