RMC

En Syrie, les réfugiés de la Ghouta racontent: "L'enfer, c'est ce qu'on a vécu là-bas"

En Syrie, l'enquête sur l'attaque chimique présumée est au point mort. Les experts internationaux sont bloqués aux portes de Douma dans la région de la Ghouta. Certains habitants sont restés dans les ruines, d'autres vivent dans un camp de réfugiés de la banlieue de Damas. Notre envoyée spéciale Marie Régnier est allée à leur rencontre.

Des tentes blanches à perte de vue, un soleil écrasant. De la poussière, des pleurs, des cris. On n’imagine mal pires conditions de vie. Et pourtant, entassée à 20 dans leur minuscule abri, cette famille de la Ghouta raconte avoir bien connu bien pire que cela: "L’enfer, c’est ce qu’on a vécu là-bas. Un mois, dans une cave, sans sortir. Des bombes tout le temps. Tout l’immeuble tremblait. Le bruit était assourdissant", raconte un homme.

De son refuge souterrain, cette petite fille de 9 ans, toute frêle, se souvient plus que tout de son air. Irrespirable: "C’était horrible dans la cave, je toussais tout le temps. Je n’arrivais pas à respirer, on était trop nombreux et il n’y avait pas d’air".

Ici dans le camp, les réfugiés de la Ghouta, trouvent un peu de répit. Même s’il faut continuer de se battre pour survivre. Faire la queue des heures, chaque jour, à la distribution de nourriture: "On ne se plaint pas, ici au moins on a à manger. Du riz et des carottes. Assez pour nourrir la famille", raconte une mère.

"Je ne pouvais rien faire alors je pleurais moi aussi"

Car le calvaire de la Ghouta, ce furent ses combats, mais aussi son siège terrible pendant 5 ans qui a affamé ses habitants. "Ma fille de 4 ans, elle n’a connu que la faim. Mes enfants pleuraient, ils me réclamaient de la nourriture. Mais je ne pouvais rien faire. Alors je pleurais moi aussi", raconte une autre mère.

Au milieu de cet enfer, l’école n’était pas une priorité. Alors, dans leur préfabriqués étouffants, les enseignants tentent de rattraper le retard: "C’est dur, vous savez. On a des enfants de 8 ou 9 ans qui ne savent pas lire ou même parler correctement, car ils sont restés cloitrés chez eux pendant beaucoup trop longtemps, sans parler à beaucoup de gens".

Après avoir échappé au siège et aux combats, ces familles vont devoir maintenant échapper aux camps. Elles savent que cela pourrait prendre des mois, des années. Car la Ghouta n’est plus qu’un champ de ruines.

Marie Régnier (avec P.B.)