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Nicolas Sarkozy en guerre contre le temps

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

L’intervention militaire se poursuit en Libye. Elle est assez largement approuvée en France mais provoque des tensions de plus en plus vives sur la scène internationale. Pour Hervé Gattegno, le pire ennemi de Nicolas Sarkozy n’est pas Kadhafi, c’est le temps.

On sait bien qu’il est plus difficile de faire la paix que de déclarer la guerre. Jusqu’ici, Nicolas Sarkozy a réussi à accélérer le rythme. Les Américains tergiversaient, les Chinois et les Russes renâclaient, l’Europe se divisait : c’est son mérite (avec James Cameron) que de les avoir bousculés. Or, si l’ONU n’avait pas autorisé les interventions aériennes, à l’heure qu’il est, Benghazi serait tombée. Et Kadhafi triompherait. Alors certains soupçonnent Nicolas Sarkozy de s’être porté aux avant-postes militaires avec des arrière-pensées politiciennes. Peut-être, mais ce qui est sûr, c’est que le pire a été évité. Et qu’il n’y est pas pour rien.

Est-ce que la France peut se dégager de l’opération militaire ? Et si oui, dans quels délais ?
Il n’y a pas d’urgence absolue, mais c’est souhaitable. L’opinion reste favorable à l’intervention (66% dans un sondage de ce mercredi) et il y a un relatif consensus politique – sauf pour le FN et l’extrême-gauche. Mais plus le conflit va durer, plus il risque de dégénérer, d’entraîner des pertes chez nos soldats ou de faire des victimes civiles – et dans ces cas-là, l’opinion se retourne vite. Donc oui à une guerre dure mais non à une guerre qui dure. Le fait que l’OTAN prenne les commandes de l’opération est une bonne solution. La France peut rester l’une des forces en présence sans prétendre au leadership. Nicolas Sarkozy devra se faire une raison. Jusqu’ici le commandement était américain. Maintenant, ce sera : OTAN, suspends ton vol !

L’autre grande question, c’est la limite de l’intervention militaire : est-ce qu’elle peut avoir pour but de renverser Kadhafi ?
Clairement non. La résolution de l’ONU ne parle que de « protéger les populations civiles ». Concrètement, ça permet de détruire les avions libyens, les blindés ou l’artillerie, mais ça exclut d’attaquer Kadhafi ou de soutenir une offensive des insurgés par des bombardements. Il faut s’en tenir là – et même s’obliger à se retirer de la coalition si ce cadre était outrepassé. C’est déjà trop pour beaucoup de pays – et non des moindres : la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde, et l’Allemagne, qui ont préféré s’abstenir à l’ONU. Au passage, on mesure à quel point l’Europe est une fois de plus absente, impotente. Si vous avez des nouvelles de Lady Ashton, la ministre des Affaires étrangères européennes, prévenez-nous !

Si on revient à la France, est-ce que Nicolas Sarkozy tire profit de cette situation de guerre ?
En terme de prestige, oui. Le conflit armé installe le chef de l’Etat dans une position régalienne qui souligne son autorité – ou qui la renforce quand elle en a besoin. Son image politique en profite aussi: Nicolas Sarkozy apparaît comme un homme de décision, capable en plus de convaincre ses partenaires étrangers. En revanche, l’effet électoral est nul, voire négatif : on peut imaginer qu’en ce moment, avec l’imprégnation du débat politique par le discours du FN, un certain nombre de Français lui reprochent de voler au secours des révolutions arabes plutôt que de régler leurs problèmes à eux. Et puis la présidentielle, c’est encore loin. Raison de plus pour ne pas traîner trop longtemps en Libye…

La Rédaction, avec Hervé Gattegno