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Pourquoi l'Académie française s'indigne de la nouvelle carte d'identité

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- - ministère de l'intérieur

L'Académie française monte au créneau contre la nouvelle carte d'identité nationale biométrique, en vigueur depuis le 12 août dernier. Les "immortels" seraient prêts à aller jusque devant la justice administrative pour la modifier.

L'Académie française envisage de saisir le Conseil d’Etat pour faire annuler la nouvelle carte d’identité, parce que cette carte est bilingue. C’est la nouvelle carte qui est délivrée partout en France depuis le 2 août dernier. Elle est désormais au format d’une carte de crédit, contient une puce électronique, permet d'écrire deux adresses pour les enfants en garde partagé. 

Mais, autre nouveauté: toutes les mentions sont traduites en anglais. Le nom: “Surname”, le prénom: “Given name”, et toutes les autres indications, sur le lieu de naissance ou la date d’expiration. Et ça ne plaît pas du tout à l’Académie Française…

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Pourquoi l'Académie française monte l'affaire en épingle

Dès le printemps dernier, la secrétaire perpétuelle de l'Académie, Hélène Carrère d’Encausse, avait protesté et dénoncé un scandale. Elle citait Camus qui disait "ma patrie c’est la langue Française", et Houellebecq pour dénoncer notre "Soumission" à l’anglais. Mais elle rappelait surtout que l’article 2 de la Constitution énonce que "la langue de la République est le français".

Seulement, cette protestation de l'Académie était un peu passée inaperçue. Et aujourd’hui, les académiciens se rebiffent ! Justement parce que leur message n’a pas été entendu.

Au nom de l’institution, Hélène Carrère d’Encausse a donc écrit à Jean Castex pour lui demander de revenir en arrière, de revenir à une carte d’identité française. En français. Et elle lance un ultimatum au Premier ministre. Si ce n'est pas fait dans les deux mois, elle saisira le Conseil d’Etat pour qu’il tranche.

Une première 

C’est la première fois en 400 ans d’existence que l’honorable académie menace d’attaquer l'État. Un cabinet d'avocats est déjà chargé de préparer la riposte. Il va demander l'annulation de la nouvelle carte d’identité en s'appuyant sur un texte de loi de 1994, qui prévoit que le français est la langue de tous les documents administratifs.

Cette loi de 1994 ne faisait que reprendre un texte bien plus ancien: l'ordonnance de Villers-Cotterêts édictée par le roi François 1er en août 1539. C‘est le plus vieux texte législatif encore en vigueur, puisque ses articles 110 et 111 n’ont jamais été abrogés depuis presque cinq siècles. Et que disent ces articles ? Ils ordonnent de "prononcer tous les actes en langage maternel françois". En "françois" et non autrement.

C’est l’acte fondateur qui instaure la primauté du français comme langue officielle du royaume. Jusque-là, les documents étaient écrits en latin et le peuple parlait l'occitan, le provençal ou le breton.

A l’époque, il ne s’agissait pas de défendre le français comme aujourd’hui, mais plutôt d’imposer une langue. Cela a pris du temps mais ça s'est fait. Depuis, les temps ont changé.

Que disent les textes européens?

Un règlement européen prévoit que le mot “Carte d’identité” doit être traduit dans au moins une autre langue de l’union, pas nécessairement l’anglais. Mais uniquement ce titre, pas forcément toutes les autres mentions. C’est pour cela que l’Académie estime que l’on a fait, en France, de l'excès de zèle.

Nos voisins se sont tous conformés à cette règle. Certains n’ont traduit que le titre, "Carte d’identité”, d’autres toute la carte comme nous. L'Allemagne et l'Autriche ont choisi de tout traduire en trois langues: l’allemand, l’anglais et le français… Et dans tous ces pays, personne ne s’est élevé contre ces traductions.

De même qu’il n’y a eu aucune protestation, ni en France ni ailleurs, lorsque l’on a introduit le passeport européen en 1985. Ce passeport grenat, dans lequel certaines mentions sont traduites dans 11 langues. Et d’autres comme le nom, le prénom, l’adresse, le sexe, la couleur des yeux, sont traduites uniquement en anglais.

Autrement dit, depuis 37 ans, nous avons dans nos passeports, exactement la même chose que sur la nouvelle carte d’identité. Et ça ne nous a pas empêché de dormir… 

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)