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Qui se cache derrière le mouvement ultra-nationaliste turc des "Loups Gris", officiellement dissous par le gouvernement?

EXPLIQUEZ-NOUS - Tous les matins à 7h50, Nicolas Poincaré propose sur RMC une chronique pédagogique mais personnelle sur une actualité du jour.

Le groupe ultra-nationaliste turc Les Loups Gris, impliqué dans de récentes actions violentes contre la communauté arménienne en France, a été dissous mercredi lors du conseil des ministres, a annoncé mercredi sur Twitter Gérald Darmanin. "Le mouvement des Loups gris a été dissous en conseil des ministres, conformément aux instructions du Président de la République", a tweeté le ministre de l'Intérieur, soulignant dans son décret que ce groupuscule "incite à la discrimination et à la haine et est impliqué dans des actions violentes". Cette annonce intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre la France et la Turquie autour du traitement des musulmans en France.

Ce groupuscule a été notamment pointé du doigt après les récentes rixes ayant opposé communautés turque et arménienne à Décines-Charpieu, près de Lyon. Une inscription "Loups Gris" a par ailleurs été taguée sur le mémorial du génocide et le Centre national de la mémoire arménienne près de Lyon, profanés dans la nuit de samedi à dimanche. Ce mouvement avait déjà organisé plusieurs manifestation la semaine dernière.

En Turquie, les "Loups Gris" sont considérés comme un mouvement d’extrême-droite, ultra-nationaliste, nostalgique de l’empire Ottoman, quand les Turcs régnaient sur tout le Moyen-Orient. Les "Loups Gris" détestent dans l’ordre: les Arméniens, les Chrétiens en général et les Européens en particuliers. Ils combattent également les Juifs et les homosexuels. C’est une organisation paramilitaire, rattachée au MHP, parti nationaliste longtemps dans l’opposition mais qui s’est rallié à l’actuel président Erdogan, il y a trois ans. C’est l’alliance du parti islamiste et du parti nationaliste. 

Dans les faits, ils ont souvent servis de bras armé pour les services secrets turcs: c’est d'ailleurs un de leur militant qui était venu assassiner trois réfugiés kurdes à Paris, en 2013. C’est aussi un "Loup Gris" qui avait tiré sur le pape Jean-Paul II à Rome en 1981. 

Et en France, que représentent-ils?

En France, c’est un groupe informel de membre de la communauté turque ou bien de Franco-Turcs ultra nationalistes, qui cherche en ce moment à importer chez nous le conflit qui oppose l’Arménie à l'Azerbaïdjan au Haut Karabakh. Une guerre de plus en plus violente dans le Caucase entre l'Arménie et l’Azerbaïdjan, pays très proche de la Turquie.

Les "Loups Gris" ont donc signé ce week-end des dégradations sur le mémorial du génocide arménien à Décines-Charpieu, dans la banlieue Lyonnaise. Ils ont inscrit à la peinture “Loup Gris et RTE”. RTE comme Recep Tayyip Erdogan, le président turc. Ce monument est le plus ancien en Europe consacré au génocide perpétré par les Turcs sur les Arméniens en 1915, qui a fait un million et demi de morts et dont les Turcs ne veulent pas entendre parler.

L'A7 bloquée

La semaine dernière déjà, de spectaculaires manifestations avaient rassemblées des militants des "Loups Gris": à Vienne en Isère, à Décines dans le Rhône et à Dijon en Côte d’Or. En réalité, c’est d’abord une action des Arméniens qui a mis le feu aux poudre. Ils ont bloqué l’autoroute A7 mercredi matin pour alerter sur la guerre dans le Caucase et ils ont bousculé des Turcs qui se trouvaient dans le bouchon. Le soir même, la communauté turc a organisé une manifestation à Vienne, puis une autre à Décines, dans la banlieue lyonnaise: c’est là que vit la plus grosse communauté arménienne de la région… 

Ces militants ont défilé en faisant le signe de ralliement des "Loups Gris": former la tête d’un loup avec les doigts de sa main. Tout en criant: “A bas l’Arménie, vive la Turquie”, “On est chez nous” ou bien encore “Allah Akbar".

Et le lendemain nouvelle manifestation sauvage à Dijon. Sauf que le lendemain on était jeudi, c’est à dire au soir de l’attentat dans l’église de Nice. Et donc entendre des manifestants crier “Allah Akbar” ce soir-là. Cela a forcément marqué les esprits. 

Est-ce que ces manifestants étaient nombreux?

Non quelques centaines à chaque fois. Mais quelques centaines de manifestants très déterminés et très bruyants, manifestant sans autorisation, de nuit dans des villes moyennes généralement tranquilles. Ça donne donc des images très frappantes et qui ont fait le tour des réseaux sociaux.

D’autant qu'à Dijon, on avait déjà vu au printemps dernier des Tchétchènes qui étaient venus de toute l’Europe pour s’en prendre à des dealers d’origine nord-africaine. Et à Déclines en juillet dernier, un rassemblement d’Arméniens avait fait l’objet d’une descente de Turcs venus du département voisin de l’Ain...

Tout cela donne l’image d’une France qui se communautarise. D’une France pour le coup victime de “séparatisme”.

Nicolas Poincaré