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Sarkozy, des victoires militaires en trompe-l'œil

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

On s’est beaucoup demandé, ces derniers jours, si le président de la République pouvait tirer un profit politique des guerres menées en Libye et en Côte d’Ivoire. Mais les succès militaires de Nicolas Sarkozy sont des victoires en trompe-l’œil. Pourquoi ?

Pour deux raisons évidentes. D’abord, parce qu’on ne peut guère parler de victoire en Libye. Nicolas Sarkozy a remporté un succès diplomatique en entraînant l’ONU derrière lui pour empêcher Kadhafi de noyer le soulèvement dans le sang, mais sur le plan militaire, c’est plutôt l’enlisement. L’issue n’est pas pour demain. Ensuite, parce qu’en Côte d’Ivoire, l’arrestation de Laurent Gbagbo ne résout pas tout. Elle laisse un sentiment de malaise sur les conditions et les motivations de notre intervention, même si toutes les voix officielles jurent que nos soldats n’ont pas mis un pied dans la résidence de Gbagbo. Elle laisse aussi un pays au bord du chaos, qui pourrait refaire son unité sur le dos de la France. Bref : le président ivoirien est déchu, mais le président français a de quoi être déçu.

Sur le fond, est-ce que ces deux interventions militaires vous paraissent contestables ?

En Libye, sûrement pas. En Côte d’Ivoire, c’est moins sûr. Ce qui est frappant, c’est la dissemblance des deux situations : dans les deux cas, Nicolas Sarkozy a poussé et l’ONU a demandé l’intervention armée. Mais on s’en est tenu strictement au mandat en Libye, quitte à laisser Kadhafi se maintenir au pouvoir. Alors qu’on s’est arrangé avec le cadre donné par l’ONU en Côte d’Ivoire et qu’on a tout fait pour accélérer la chute de Gbagbo. Et on a réussi à éviter des massacres en Libye, mais pas en Côte d’Ivoire. Résultat : tout le monde sait que les partisans de Ouattara ont aussi du sang sur les mains mais on est prié de fermer les yeux. On devine que le nouveau régime préférera traduire Gbagbo devant des juges ivoiriens plutôt que devant une cour internationale…

Un sondage publié par Le Monde montre que 63% des Français approuvent notre engagement militaire en Libye. 0n ne peut pas nier que c’est un succès pour Nicolas Sarkozy ?

C’est vrai que par les temps qui courent, un jugement positif porté par une majorité de Français sur une action décidée et dirigée par Nicolas Sarkozy, c’est inouï ! Ça montre un début de consensus sur une décision légitime et qui d’ailleurs n’est plus tellement contestée par l’opposition. Est-ce que pour autant, ça veut dire que le crédit personnel du président progresse ? C’est loin d’être démontré. L’histoire est pleine de chefs d’Etat qui ont gagné des guerres et perdu les élections : Churchill, De Gaulle, George Bush père, François Mitterrand… Dans le cas de Sarkozy, tous les indices de popularité lui sont défavorables depuis des mois, les mesures d’intentions de vote aussi et dans le baromètre du Point d’aujourd’hui, il touche le fond : 29% d’opinions positives, son score le plus bas depuis 2007. Donc l’uniforme de général en chef ne lui va pas si mal, mais on est assez loin de Bonaparte rentrant de la campagne d’Italie…

La Côte d’Ivoire, la Libye et aussi l’Afghanistan : est-ce que ces guerres sont dans nos moyens ?

Les contraintes budgétaires existent et elles doivent être débattues. Mais c’est surtout l’argument de ceux qui refusent le principe de l’intervention, c’est-à-dire l’alibi de l’égoïsme. Si Sarkozy a pensé qu’envoyer nos soldats au front lui ferait gagner des élections, il s’est sûrement trompé. Mais on peut au moins lui reconnaître le mérite de ne pas chipoter le rôle de la France sur la scène internationale en fonction de critères financiers. Si j’ose dire, c’est à porter à son crédit.

Ecoutez «le parti pris» du mercredi 13 avril avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin:

Hervé Gattegno