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Situation explosive à la frontière greco-turque: l'inquiétude des habitants des villes frontalières

REPORTAGE RMC - Des milliers de migrants tentent de passer en Europe par la frontière greco-turque dans une situation qui s'envenime ces dernières semaines. Côté grec, les habitants des villes limitrophes sont inquiets, et sont nombreux à espérer que le renforcement des contrôles dissuadera les candidats à l'exil de passer.

Face à la situation explosive à la frontière greco-turque, Recep Tayyip Erdogan a de nouveau demandé le soutien de l'Europe mercredi. Un chantage inacceptable pour l'Union européenne, dont les ministres de l'Intérieur se sont réunis en urgence à Bruxelles.

Depuis près d’une semaine, environ 20.000 migrants sont massés le long des 211 kilomètres qui séparent les deux pays. Des heurts ont une nouvelle fois éclaté mercredi matin dans le Nord-Est entre les gardes frontières et des migrants qui tentaient d’entrer illégalement. Selon les autorités grecques, plus de 10.000 entrées illégales ont été empêchées depuis vendredi dernier.

"Même vous, les Français, vous devriez être fiers, parce que les militaires grecs ils sont en train de sauver l’Europe"

Au poste-frontière de Kastanies en Grèce, les portes de l’Europe semblent infranchissables. Le portail métallique s’ouvre uniquement pour laisser passer les motos de la police aux frontières, les camions de CRS, les blindés des troupes grecques, avant de se refermer.

Depuis la terrasse de leur petite supérette, Anastasia et son mari Evagelos observent les va-et-vient incessants.

"Chaque jour il y a de plus en plus de militaires. Même vous, les Français, vous devriez être fiers, parce que les militaires grecs ils sont en train de sauver l’Europe. Ces gens, ils sont dangereux. Contre eux, je n'hésiterais pas à utiliser mon arme."

Pour ces deux habitants, les migrants doivent être repoussés coûte-que-coûte, pour éviter de revivre la crise migratoire de 2015. Anastasia ironise: "Ou alors ils devraient s’installer dans mon pays, c’est ça la solution? Ils sont des centaines. Ou vont-ils aller ? Les îles grecques débordent. Il y a plus de migrants que d’habitants. Là où nous sommes, cette une région pauvre, il n’y a pas d’industrie, pas de travail, il n’y a rien."

"Moi je pense qu’ils ne vont pas s’arrêter", renchérit Evangelos. "Ils vont toujours vouloir franchir la frontière, entrer dans mon pays, et cela me fait peur"

"Je sais, c’est triste, mais pour nous, il ne faut pas qu’ils passent"

Un sentiment de peur qui s’est installé tout au long de cette frontière. Lorsqu’on descend plus au sud, à Soufli, c’est dans cette ville que Catherine habite depuis près de 40 ans. Ces dernières années, elle a préféré clôturer l’enceinte de sa maison.

"Et là, maintenant, on a pris un chien et on sent qu’on est un peu mieux. Pour se protéger, pour se protéger...", insiste-t-elle.

Se protéger au cas où des migrants réussiraient à franchir illégalement la frontière. Mais ce qui compte avant tout pour cette mère de famille, c'est le soutien de l'Union européenne.

"C’est le plus important parce que la Grèce, c’est pas la Grèce, c’est l’Europe aussi. C’est à dire Frontex, quand on entend l’hélicoptère le soir nos frontières, on comprend qu'on est gardés, que quelqu’un surveille. Enfin ils ont vu qu’on a besoin d’eux. Je sais, c’est triste, mais pour nous, il ne faut pas qu’ils passent"

Tous les habitants que nous avons rencontrés à la frontière gréco-turque espèrent que face au renforcement des contrôles, tous les candidats à l’exil finiront par renoncer. 

Marie Monier et Nicolas Traino (avec J.A.)