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Tensions diplomatiques entre l'Iran et la France après des caricatures de Charlie Hebdo

L'Iran annonce la fermeture de l'Ifri en Iran en riposte à la publication de caricatures jugées insultantes pour le guide suprême Ali Khamenei

L'Iran annonce la fermeture de l'Ifri en Iran en riposte à la publication de caricatures jugées insultantes pour le guide suprême Ali Khamenei - - © 2019 AFP

L'Iran prend des mesures après la publication de caricatures de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo jugée insultantes de l'ayatollah Khamenei, le guide suprême en Iran.

L'Iran a annoncé jeudi la fermeture du plus ancien et plus important centre d'études français dans le pays, comme première riposte à la publication par un magazine satirique français de caricatures jugées insultantes pour le guide suprême Ali Khamenei.

Le ministère français des Affaires étrangères n'a reçu "aucune information officielle" sur ces annonces qui "seraient regrettables si elles se confirmaient", a réagi la porte-parole du Quai d'Orsay, Anne-Claire Legendre, dans une déclaration écrite.

Les autorités iraniennes avaient averti mercredi la France qu'elles prendraient des mesures après la publication le même jour par Charlie Hebdo de ces dessins mettant en scène la plus haute personnalité religieuse et politique de la République islamique d'Iran.

"Le ministère met fin aux activités de l'Institut Français de Recherche en Iran (IFRI) comme une première étape", a affirmé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Qu'est-ce que l'IRFRI?

Le Quai d'Orsay a précisé que l'IFRI était "un haut lieu de culture et d'échanges, né de la fusion en 1983 de la Délégation Archéologique Française en Iran créée en 1897 et de l'Institut Français d'Iranologie de Téhéran fondé en 1947 par (le philosophe et orientaliste français, NDLR) Henry Corbin". L'IFRI est affilié au ministère français des Affaires étrangères, selon son site internet.

Demande de compte aux "auteurs"

Dans son communiqué, le ministère iranien accuse les autorités françaises "d'inaction continue face aux expressions d'anti-islamisme et à la propagation de la haine raciste dans les publications françaises".

Il demande au gouvernement français de réclamer des comptes aux "auteurs (de la propagation) d'une telle haine", soulignant que le "peuple iranien" suivrait "avec sérieux" la réponse qu'apporterait la France. Le ministère appelle aussi Paris à mener "une lutte sérieuse contre l'islamophobie".

Les caricatures publiées dans le journal satirique ont été retenues dans le cadre d'un concours lancé en décembre, au moment où des manifestations se poursuivaient en Iran pour protester contre la mort en détention le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire strict du pays.

Ambassadeur convoqué

Les responsables iraniens, qui dénoncent généralement ces manifestations comme des "émeutes", affirment que des centaines de personnes ont été tuées, y compris des membres des forces de sécurité, et des milliers d'autres arrêtées.

Charlie Hebdo a soutenu en décembre que ce "concours international" visait à soutenir les "Iraniens qui se battent pour leur liberté". Le numéro contient plusieurs dessins d'ordre sexuel montrant l'ayatollah Khamenei et d'autres religieux iraniens, de même que des caricatures dénonçant le recours en Iran à la peine capitale comme tactique pour intimider les manifestants.

Deux Iraniens ont été exécutés pour leur implication dans les manifestations. Et jeudi la justice iranienne a prononcé une nouvelle condamnation à mort en première instance contre un homme ayant participé aux manifestations.

En France, "la liberté de la presse existe"

Avant l'annonce de la fermeture de l'IFRI, la ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna avait souligné qu'en France, "la liberté de la presse existe contrairement à ce qu'il se passe en Iran", rappelant que le délit de blasphème n'existe pas en droit français.

"La mauvaise politique est celle qui est suivie par l'Iran qui pratique des violences à l'encontre de sa propre population", avait-elle ajouté jeudi, interrogée sur la chaîne de télévision française LCI.



Mercredi, son homologue iranien Hossein Amir-Abdollahian avait dénoncé "un acte insultant et indécent" qui ne "restera pas sans réponse ferme". Et l'ambassadeur de France en Iran Nicolas Roche avait été convoqué le même jour par les Affaires étrangères à Téhéran.

L'Iran "considère le gouvernement français responsable"

"L'Iran n'accepte en aucune façon l'insulte de ses valeurs (...) islamiques, religieuses et nationales (...) et la France n'a pas le droit d'insulter ce qui est sacré (...) pour les pays musulmans sous le prétexte de la liberté d'expression", a dit le porte-parole du ministère Nasser Kanani mercredi.

L'Iran "considère le gouvernement français responsable pour cet acte haineux, insultant et injustifié", a-t-il ajouté. Le siège de l'IFRI, dans le centre de Téhéran, avait déjà été fermé durant de longues années. Il avait rouvert sous la présidence du modéré Hassan Rohani (2013-2021) comme un signe du réchauffement des relations franco-iraniennes.

Il comprend une riche bibliothèque, utilisée par les étudiants de la langue française et des universitaires iraniens. Il est distinct d'un autre IFRI, l'Institut français des relations internationales, un des principaux centre de recherche français sur les relations internationales, basé à Paris.

Avec AFP