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Tout comprendre de l'épineux dossier du rapatriement des enfants français de jihadistes détenus en Syrie

EXPLIQUEZ-NOUS - Une délégation de quatre députés français est arrivée au nord de la Syrie pour rendre visite aux femmes djihadistes françaises détenues. Ces élus demandent le retour en France des quelques 300 enfants français qui vivent dans des camps. Mais les autorités françaises refusent ce rapatriement général.

La France a une doctrine: les adultes, hommes ou femmes qui ont rejoint le califat de Daesh en Syrie ont déclaré la guerre à la France. Ils sont moralement complices des attentats, ils ont perdu, ils ont été fait prisonniers par les forces kurdes et ils doivent être jugés et punis sur place.

Sauf que les forces kurdes qui les ont arrêtés ne sont pas une armée régulière, ne représentent pas un Etat, ne disposent pas d’un système judiciaire. Résultat, des dizaines de milliers de djihadistes sont détenus hors de tout cadre légal, sans avoir été jugé, sans perspective de procès.

Les hommes Français sont une centaine environ détenus dans une vraie prison en Syrie, sauf 12 qui ont été envoyés en Irak où ils ont été condamnés à mort. Et ceux-là, personne ne demande leur retour.

Les femmes françaises sont environ 120. Elles sont détenues dans deux grands camps de tentes entourés de grillages et de barbelés. Le plus grand abrite 65.000 personnes dont 8.000 étrangers ou surtout étrangères. Ce qui en fait une des plus grandes prisons du monde.

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Ces camps abritent aussi environ 300 enfants Français

Et c’est là, le problème: 300 enfants dont 200 qui ont moins de 6 ans et qui sont en train de passer leur troisième ou quatrième hiver sous la tente dans le froid et l’humidité.

Le comité des droits de l’enfants de l’ONU a récemment jugé que ces enfants étaient en danger immédiat avec des risques de dommage irréparables. Les Kurdes qui les retiennent, ou plutôt qui retiennent leurs mères, demandent aux pays européens de venir chercher ces enfants. Mais jusqu'à présent cela ne s'est pas fait. Notamment parce que les mères refusent de se séparer de leurs enfants.

La France indique qu’elle souhaite régler le sort de ces enfants au cas par cas

Mais en l'occurrence, au cas par cas, cela veut dire très peu de cas. Les derniers, c’étaient en janvier. Sept enfants âgés de deux à onze ans ont été rapatriés. Quatre étaient des orphelins et trois étaient les enfants d’une mère qui a accepté de s’en séparer. Et pas n’importe quelle mère. Elle s’appelle Emilie Konnig, Bretonne de Lorient, ancienne recruteuse de Daech, sur la liste noire des cibles prioritaires de la CIA. Pendant, les grandes heures de l’Etat Islamique, depuis Raqqa, elle encourageait ses contacts en France à commettre des attentats contre des épouses de soldats.

Une équipe de France 2 l’a filmée il y a 15 jours dans un camp alors qu’elle venait de se séparer de ses enfants. “Pour leur bien”, expliqua-t-elle. Parce que sa fille est malade et qu’un des ses fils doit rentrer en CP. Ces trois-là sont donc rentrés, mais il en reste plusieurs centaines. Et en 2 ans, seulement 39 petits Français sont rentrés.

Est-ce que l’on ne pourrait pas rapatrier les mères et les enfants?

C’est ce qui avait été envisagé il y a deux ans, puis de nouveau l'année dernière. Mais d'après le journal le monde, Emmanuel Macron est le seul décideur dans cette affaire et il n’est pas favorable à un rapatriement massif. Pour des raisons politiques, pour ne pas apparaître complaisant envers ces femmes terroristes ou complices de terroristes.

Pourtant en dehors des raisons humanitaires et du sort des enfants, plusieurs spécialistes des questions sécuritaires plaident pour que ces femmes entrent en France pour y être jugées. Parce que le risque, c’est qu'elles finissent par s'évader.

C’est ce qui s’est passé avec Hayat Boumeddiene, la veuve d’Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hyper casher. Elle était détenue dans un de ces camps kurdes en Syrie. Elle s’est exfiltrée avec 13 autres françaises. Apparemment en payant un peu plus de 10.000 euros pour sa liberté.

Les Kurdes n’ont pas envie, et pas de raisons, de rester éternellement les geôliers de ces Françaises et de leurs enfants. Il faudra un jour que l’on arrête de faire comme si ces 300 enfants n’existaient pas.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)