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Œufs de poules élevées en cage bannis de Monoprix: "Pourquoi l'enseigne a commis une erreur"

Après la décision de Monoprix de retirer de la vente tous les œufs issus de poules élevées en batterie, Philippe Juven, président du comité national pour la promotion de l’œuf, a dénoncé ce mardi sur RMC une mesure qui "porte un coup à une filière qui traverse déjà une des plus graves crises de son histoire".

C'est une décision qui semble satisfaire les consommateurs mais qui provoque la colère des producteurs. L'enseigne de grande distribution Monoprix a décidé d'arrêter de vendre des œufs de catégorie 3, c’est-à-dire ceux issus de poules élevées "en batterie" et qui ne sortent jamais de leur cage.

Une décision qui réjouit Odile, cliente parisienne rencontrée par RMC : au rayon œufs, elle inspecte scrupuleusement les boîtes et leurs étiquettes avant de faire son choix. "Je regarde si c'est élevé en plein air". En cas de doute, elle jette un œil sur l'œuf : un 0, et c'est un bio, un 1, et c'est un œuf issu d'une poule élevée en plein air. Si c'est un 3, c'est un œuf issu de poule élevée en cage. "Je pense que c'est plus naturel et on respecte le bien-être animal. Être élevé en batterie sans jamais voit la lumière, ça fait des poules stressées…".

"Ça peut faire boule de neige"

Les clients comme elles sont encore minoritaires. Seul 1/3 des consommateurs achètent des œufs de poules élevées en plein air ou au sol. "C'est une tendance qui n'arrive en France que maintenant, mais qui et engagée depuis plusieurs années dans d'autres pays européens, explique Célia Potdevin chargée de mission alimentation au sein de l'association de consommateurs CLCV. Par exemple, en Grande-Bretagne, je ne pense pas qu'on puisse trouver facilement des œufs de batterie dans une grande surface."

Mais les consommateurs français s'y mettent petit à petit, poussant les enseignes à changer leurs comportements. Les magasins Atac en 2014, Monoprix aujourd'hui : des enseignes françaises qui font le pari d'une démarche plus éthique. Pour Odile, "ça peut faire boule de neige, ça peut changer beaucoup de choses. Ce sera long, ça ne se fera pas en deux jours, même pour les petits éleveurs. Mais c'est en train de changer tout ça. C'est une bonne démarche".

"Respect de la règlementation européenne sur le bien-être animal"

Et les éleveurs, eux, sont-ils prêts à sauter le pas ? Aujourd'hui, alors que tous les œufs vendus en France viennent de producteurs hexagonaux, beaucoup de chemin à faire puisque 75% des œufs produits en France proviennent d'élevage de poules en batterie. Des éleveurs qui "ne comprennent pas" cette décision de Monoprix, comme l'explique Philippe Juven, président du comité national pour la promotion de l’œuf et lui-même producteur d’œufs à Hostun dans la Drôme. "C'est retirer un mode d'élevage qui respecte parfaitement la règlementation européenne sur le bien-être animal", se désole Philippe Juven, qui possède 100.000 poules, toutes élevées en cages.

"Les poules sont élevées dans des cages, mais c'est beaucoup plus évoluée qu'avant et cela n'a plus rien à voir avec l'image que l'on a de cet élevage. Les poules vivent dans des espaces beaucoup plus grands de 4 à 5 mètres carrés, avec de 9 à 13 poules au m2. Elles disposent de perchoirs pour se reposer, de nids pour pondre", explique-t-il ce mardi chez Jean-Jacques Bourdin.

"C'est empêcher le consommateur d'avoir le choix"

Retirer les œufs de poules élevées en batterie, c'est d'abord "empêcher le consommateur d'avoir le choix", selon le producteur, mais c'est aussi "porter un coup assez dur sur une filière qui a investi un milliard d'euro pour se mettre en conformité avec cette réglementation sur le bien-être animal. Ca intervient en plus à un moment où la filière animale traverse une des plus grave crise de son histoire". "Cette décision est gratuite, trop facile et elle est prise pour acheter la paix avec des associations vegan", dénonce Philippe Juven.