RMC

Affaire Fillon: "L'application de la loi est le fondement du pacte démocratique"

Le parquet national financier a confié l'affaire à trois juges d'instruction. (Photo d'illustration)

Le parquet national financier a confié l'affaire à trois juges d'instruction. (Photo d'illustration) - AFP

Le parquet national financier a annoncé vendredi soir l'ouverture d'une information judiciaire dans l'affaire des emplois fictifs présumés de Penelope Fillon, épouse du candidat des Républicains. Désormais, trois juges d'instruction poursuivront les investigations.

Des juges d'instruction vont enquêter sur les soupçons d'emplois fictifs visant la famille du candidat de la droite à la présidentielle François Fillon, a annoncé vendredi soir le parquet national financier (PNF).

Le parquet a ouvert vendredi une information judiciaire pour "détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d'influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique", a-t-il précisé dans un communiqué.

"Le dossier ne sera pas clos avant l'élection présidentielle"

Les magistrats ont désormais la possibilité de convoquer le candidat à la présidentielle à tout moment en vue d'une éventuelle mise en examen ou d'un placement sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Jacky Coulon, membre de l'Union Syndicale des Magistrats explique à RMC: 

"Le dossier ne sera pas clos avant l'élection présidentielle, mais il est possible qu’il y ait des mises en examen ou des personnes sous témoin assisté avant les élections. Je rappelle qu’une personne sous témoin assisté ou une personne mise en examen bénéficie toujours de la présomption d’innocence".

Fragilisé par cette affaire qui a éclaté il y a un mois et l'a fait reculer dans les sondages pour le premier tour du scrutin présidentiel, François Fillon a exclu, contrairement à ce qu'il avait déclaré dans un premier temps, de se retirer de la course en cas de mise en examen.

"La justice fait son travail"

L'ouverture de cette information judiciaire intervient alors que la loi sur la réforme de la prescription en matière pénale, adoptée définitivement le 16 février par le Parlement, doit entrer en vigueur la semaine prochaine. Cette loi faisait courir un risque de prescription de certains des faits visés par l'enquête.

C'est pourquoi le PNF justifie, dans son communiqué, l'ouverture de cette instruction, ce vendredi, par "l'ancienneté d'une partie des faits concernés" et "l'exigence de la mise en oeuvre de l'action publique", c'est-à-dire notamment l'ouverture d'une information judiciaire. Pour Eric Alt, magistrat membre de l'association Anticor, qui lutte contre la corruption, il s'agit d'une bonne nouvelle:

"C’est logique que l’affaire continue sa progression. La justice fait son travail, car l’application de la loi est le fondement du pacte démocratique. Il est plutôt bon que les Français aient des informations sur la part d’ombre de leur candidat avant l’élection. Si jamais un candidat mis en examen ou poursuivi était élu, pour le coup, pendant 5 ans, l’enquête serait totalement suspendue", affirme-t-il à RMC.

Le PNF avait ouvert une enquête préliminaire

Dans la foulée des premières révélations du Canard enchaîné sur les soupçons d'emplois fictifs de Penelope Fillon, le PNF avait ouvert le 25 janvier une enquête préliminaire, confiée à l'Office anticorruption de la police judiciaire. Après avoir reçu un premier rapport de police, le procureur financier, avait écarté le 16 février "en l'état" tout classement sans suite.

Les investigations portent sur les emplois occupés par Penelope Fillon, l'épouse du candidat, comme attachée parlementaire de son mari et du suppléant de ce dernier pendant plus de quinze ans, pour un montant total de 680.380 euros nets, et comme salariée de la Revue des deux mondes, dont le propriétaire, l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière, est un proche de l'ancien Premier ministre.

Autre sujet d'enquête, les emplois d'assistants parlementaires de deux enfants du couple, Charles et Marie Fillon, auprès de leur père quand ce dernier était sénateur de 2005 à 2007.

Alexandra Milhat avec Thomas Chupin et AFP