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Marine Le Pen refuse une convocation policière: "Les candidats à la présidentielle sont des citoyens comme les autres"

Marine Le Pen a refusé de se rendre à une convocation de la police. (Photo d'illustration)

Marine Le Pen a refusé de se rendre à une convocation de la police. (Photo d'illustration) - AFP

La candidate du Front national a refusé d'être auditionnée par la police, dans l'enquête concernant les assistants parlementaires du parti au Parlement européen. Le Premier ministre en personne l'a rappelée à l'ordre ce vendredi, estimant qu'elle ne se "plaçait pas au-dessus des lois".

Marine Le Pen était convoquée mercredi 22 février pour être entendue par les enquêteurs dans l'affaire des assistants d'eurodéputés du Front national. Mais la candidate à l'élection présidentielle a refusé de s'y rendre.

"Comme pendant les régionales, je ne répondrai pas pendant la campagne électorale. Cette période ne permettant ni la neutralité ni la sérénité nécessaire au fonctionnement correct de la justice", a-t-elle expliqué à l'AFP.

"Nous avons déjà eu l'occasion de répondre à toutes ces accusations"

Comme l'a également révélé Le Monde, Marine Le Pen était convoquée pour être entendue en audition libre à l'Office anticorruption de la police judiciaire à Nanterre, le même jour que sa cheffe de cabinet Catherine Griset. Cette dernière a été placée en garde à vue avant d'être mise en examen pour recel d'abus de confiance. Le garde du corps de Marine Le Pen, Thierry Légier, a aussi été placé en garde à vue mercredi, mais il est ressorti sans mise en examen.

Nicolas Bay, secrétaire général du Front national, justifie ce refus à RMC: 

"La transparence a déjà eu lieu, nous avons déjà eu l’occasion de répondre à toutes ces accusations. Elles ne sont pas fondées. On essaie de faire un parallèle entre les situations de François Fillon et celles de Marine Le Pen, alors qu'elles n'ont rien à voir. Les Français ont droit à un vrai débat démocratique, sur l’avenir du pays. Cette persécution judiciaire, dont Marine Le Pen est l’objet, a pour objectif de nuire à sa candidature, et elle nuit à la campagne présidentielle en tant que telle". 

"Il n'y a pas d'exception à créer"

Protégée par son immunité de députée européenne, Marine Le Pen ne peut être contrainte pour être entendue ni soumise à aucune mesure coercitive. Il faudrait au préalable que les juges d'instruction fassent une demande de levée d'immunité, qui serait ensuite soumise au Parlement européen. Pour Denys Pouillard, politologue, il s'agit d'une situation anormale:

"Les candidats à l’élection présidentielle sont des citoyens comme les autres. S'ils étaient des citoyens lambda, ils seraient obligés de suivre les procédures. S’ils étaient convoqués, ils seraient obligés de se rendre à leur convocation. Il n’y a pas d’exception à créer. C’est insupportable en tout état de cause pour l’opinion, pour l’électorat de gauche ou de droite, c’est ça qui est choquant", indique-t-il à RMC. 

Dans cette affaire, les juges d'instruction, saisis depuis décembre après une enquête du parquet de Paris, cherchent à déterminer si le Front national a mis en place un système pour que le Parlement européen prenne en charge, via des contrats d'assistants parlementaires, des salaires de cadres ou d'employés du parti en France.

Marine Le Pen avait déjà refusé une convocation en 2015

Les cas des deux assistants frontistes, salariés en 2011 pour Thierry Légier, et de 2010 à 2016 pour Catherine Griset, ne sont pas les seuls visés par l'enquête. Mais le Parlement européen les considère suffisamment établis pour avoir réclamé à Marine Le Pen un total de 339.946 euros de salaires qu'il estime indûment versés.

Dans une autre enquête visant le Front national, sur des soupçons d'escroqueries au préjudice de l'Etat lors de la campagne des législatives 2012, Marine Le Pen avait refusé à deux reprises de se rendre à une convocation des juges d'instruction avant la tenue des élections régionales en 2015. Elle avait ensuite été placée sous le statut de témoin assisté. Dans ce dossier, le Front national et deux de ses cadres ont été renvoyés au tribunal correctionnel mais les dates du procès n'ont pas encore été fixées.

Alexandra Milhat avec Thomas Chupin et AFP