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Mosquée salafiste fermée par l'État: "Ce qui dérange, c'est notre religiosité"

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Le Conseil d'État examine ce lundi en fin de journée le recours déposé par une mosquée salafiste des Yvelines contre sa fermeture décidée le 2 novembre dernier. Les autorités accusent notamment son imam d'avoir fait l'apologie du terrorisme dans un de ses prêches. Sur RMC, Youssef Abou Anas dément ces accusations.

Le Conseil d'État examine en fin de journée (17h) le recours déposé par une mosquée des Yvelines contre sa fermeture. Cette mosquée d'Ecquevilly, fréquentée régulièrement par 200 fidèles le vendredi, a dû cesser ses activités le 2 novembre dernier, après avoir déjà été perquisitionnée en mai dans le cadre de l’état d’urgence. C'est la maire d'Ecquevilly qui a alerté en premier les autorités en évoquant une situation tendue autour de cette mosquée. Pour les autorités, les motifs de cette fermeture sont clairs: provocation "à la haine, à la discrimination, à la violence et apologie du terrorisme".

Traduction assermentée du prêche

Dans le viseur du ministère de l'Intérieur: l'imam de cette mosquée, Youssef Abou Anas. Cet imam de 38 ans, salafiste déclaré, est de plus en plus populaire, notamment grâce à ses prêches du vendredi diffusés sur Internet. Les autorités lui reprochent notamment un prêche en arabe enregistré en décembre 2015, après les attentats de novembre, durant lequel l'imam français aurait justifié les attentats en temps de guerre: "Ces actes étaient un suicide qui ne respectait pas les règles de la religion, mais en temps de guerre ce n’est pas mauvais en soi".

Des propos qu'il dément aujourd'hui avec à l'appui la traduction officielle (par un agent assermentée) de son prêche. Ses avocats rappellent eux qu'aucun de ces fidèles n'a été condamné pour ses liens avec le terrorisme, aucun départ en Syrie et aucune assignation à résidence. A leurs yeux, plus que l'apologie du terrorisme, c'est le salafisme affiché de cette mosquée qui pose problème.

"J'ai toujours condamné le terrorisme"

"Ce qui dérange, c'est notre religiosité, estime Youssef Abou Anas sur RMC. La liberté de culte est un droit fondamental, et tant qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre public, j'ai le droit de pratiquer ma religion comme bon me semble". Il dément les accusations d'apologie du terrorisme. "Est-ce que vous trouvez normal qu'une mosquée salafiste soi-disant dangereuse qui ne compte aucun fidèle condamné (par la justice), ni même soupçonné de lien avec le terrorisme ou assigné à résidence, soit fermée? J'ai toujours condamné le terrorisme, et je ne me suis pas contenté uniquement de la condamner, puisque je le combats de toutes mes forces".

Youssef Abou Anas va même plus loin et assure que les salafistes sont… un rempart contre le terrorisme.

"Les salafistes sont les seuls à mener un combat idéologique contre le terrorisme. Ce sont les seuls qui détiennent le bagage scientifique nécessaire pour combattre le terrorisme et l'idéologie du terrorisme. On a beau le crier sur tous les toits, l'impression qu'on a, c'est de lancer un boomerang qui nous revient en pleine figure chaque fois qu'il y a un acte terroriste".

L'audience tout à l'heure s'annonce très longue et très débattue, et la décision devrait être rendue dans les prochains jours. En attendant les fidèles d'Ecquevilly peuvent aller prier dans un autre mosquée située à 5 kilomètres, et qui se revendique également salafiste.

Une vingtaine de lieux de culte fermés

Depuis la mise en place de l'état d'urgence, une vingtaine de lieux de cultes ont été fermés. Très peu ont contesté devant la justice. Mardi 6 décembre, c'est le recours de la mosquée de Stains (93) qui sera examiné devant le Tribunal administratif cette fois.

Philippe Gril avec Céline Martelet