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Plainte d'une journaliste pour harcèlement: "J'en ai parlé à mes chefs mais c'étaient des amis de mon harceleur"

La jour­na­liste Anne Saurat-Dubois a décidé de porter plainte contre Eric Monier, ancien direc­teur de la rédac­tion de France 2, pour harcè­le­ment sexuel et moral. Elle explique sa démarche au micro de RMC.

Après l'affaire Weinstein, c'est désormais le milieu des médias français qui est secoué par des accusations de harcèlement. La jour­na­liste Anne Saurat-Dubois, qui travaille désormais pour BFMTV, a annoncé sur Twit­ter mardi 31 octobre avoir porté plainte auprès du procu­reur de Paris contre Eric Monier, ancien direc­teur de la rédac­tion de France 2, pour harcè­le­ment sexuel et moral. 

"J'ai commencé par twitter anonymement quand il y a eu cet engouement autour du hashtag #balancetonporc. Je n'avais pas donné de nom à ce moment-là et ce que j'ai trouvé hallucinant, c'est que dans les jours qui ont suivi, au moins sept ou huit médias différents m'ont appelée - certains médias pour lesquels je n'avais jamais travaillé -, et qui m'ont dit : 'on est bien d'accord, tu parles de cette personne-là'. Toutes ces rédactions m'ont donné le même nom. Ca m'a atterrée profondément. Ca veut dire que tout le monde sait. Je crois que ça m'a donné un surcroît de courage pour aller porter plainte", a-t-elle raconté mercredi au micro de RMC.

Anne Saurat-Dubois regrette que "ces personnes soient identifiées" mais que "rien ne sorte jamais". "Personnellement, j'en ai parlé à certains de mes chefs, mais il se trouve que c'étaient des amis de mon harceleur. Donc cela a été enterré. J'en ai parlé à d'autres personnes mais qui avaient trop peur pour me soutenir. Dans ces cas-là, qu'est-ce qu'on fait ?", s'interroge-t-elle.

"J'irai jusqu'au bout"

Si la journaliste dénonce la violence derrière le mouvement "balance ton porc", elle assure cependant qu'elle comprend désormais "la réalité qui se cache derrière". "On ne sait pas quoi faire, on est démunies", explique-t-elle.

"C'est une façon de dire qu'on ne doit pas fermer les yeux quand cela arrive dans notre profession. Je ne demande rien pour moi, mais juste que la justice passe. Avoir le pouvoir, cela ne veut pas dire avoir le droit. Depuis que j'ai décidé de porter plainte, je me sens en paix par rapport à toutes les femmes qui pourraient vivre ça. J'en ai beaucoup voulu aux personnes qui ont connu mon histoire et qui n'en ont pas parlé. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas leur en vouloir si moi-même, je ne parlais pas. Et maintenant, j'irai jusqu'au bout", assure-t-elle.
Les GG avec Mélanie Rostagnat