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"Samuel Paty aurait pu être sauvé": pourquoi sa famille porte plainte contre l’Etat

Dans "Apolline Matin" ce jeudi sur RMC et RMC Story, l’avocate de la famille de Samuel Paty, Virginie Le Roy, a expliqué pourquoi la famille de l’enseignant assassiné en octobre 2020 a décidé de porter plainte contre plusieurs agents des ministères de l'Intérieur et de l'Education nationale pour "non-empêchement de crime et de non-assistance à personne en péril".

"On aurait pu empêcher l’attentat". C’est la "profonde conviction" de Me Virginie Le Roy, avocate de dix membres de la famille de Samuel Paty, dont ses parents et ses sœurs, qui ont décidé de porter plainte contre plusieurs agents des ministères de l'Intérieur et de l'Education nationale pour "non-empêchement de crime et de non-assistance à personne en péril", après l’assassinat de l’enseignant par un terroriste islamiste le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, à la sortie de son collège. Pour eux, Samuel Paty "aurait pu être sauvé". "Il y avait quelque chose qui n’allait pas et on aurait pu empêcher l’attentat, explique-t-elle dans ‘Apolline Matin’ ce jeudi sur RMC et RMC Story. Les faits se déroulent sur une dizaine de jours. Pendant ces dix jours, il se passe beaucoup de choses et il y a des alertes sérieuses. Les mécanismes sécuritaires, tant du côté de l’Education nationale que du ministère de l’Intérieur, n’ont pas été activés. On avait les moyens de le sauver et on ne l’a pas fait."

"Il y a une rupture d’anonymat de Samuel Paty et il n’est pas mis sous protection"

Selon Me Virginie Le Roy, deux dimensions sont au cœur de la plainte. Le signalement sur la plateforme Pharos contre Abdoullakh Anzorov en juillet 2020, qui n’a pas été suivi, et l’absence d’une protection policière après les menaces subies par Samuel Paty. "Si on avait traité ce signalement, si on avait suivi le compte Twitter d’Anzorov pour surveiller ses activités, on aurait vu en septembre qu’il recherchait des cibles sur la toile, assure l’avocate. Ensuite, quand la polémique enfle, que Samuel Paty est stigmatisé sur les réseaux sociaux, que son nom circule, qu’il est accusé de blasphème, on est un contexte très sensible puisqu’on est en plein procès Charlie Hebdo et qu’il y a la republication des caricatures, que les organisations terroristes menacent la France, et qu’on a cet attentat de la rue Nicolas-Appert. Il y a une rupture d’anonymat de Samuel Paty et il n’est pas mis sous protection. Même les organes sécuritaires de l’Education nationale ne sont pas activés, malgré les demandes de la principale du collège qui, elle, voit bien que la situation est ingérable et qu’elle est dangereuse surtout."

"Une grave erreur d’analyse des services"

"J’aimerais savoir déjà ce qu’il est advenu de ce signalement Pharos, qui n’a manifestement pas été traité, ajoute Me Virginie Le Roy. Et j’aimerais savoir pourquoi il n’y a pas eu de protection policière. Tous les critères de la protection policière étaient remplis. Il y a une note des renseignements qui est établie par les services le 12 octobre et qui est transmise à la DGSI, aux services du ministère de l’Intérieur. On avait largement le temps de réagir. Cette note, et c’est aussi un problème que je pointe dans la plainte, elle offre une version de la réalité qui est un peu déformée. Elle axe la problématique sur la discrimination des élèves et pas tellement sur le problème du blasphème et de la sécurité. Pour moi, c’est une grave erreur d’analyse des services. En plus, ce n’est pas conforme au primo-signalement qu’émet la principale du collège. Ça mérite des explications. Derrière, même avec cette analyse faussée, il y a quand même des agents de la DGSI qui sont acculturés au risque sécuritaire, qui sont spécialistes du risque terroriste, donc on aurait dû déclencher cette sécurité."

Pour l’avocate de la famille de Samuel Paty, l’enjeu est de "comprendre parce que sinon, on ajoute de la douleur". "Il faut mettre du sens sur l’horreur, expliquer les mécanismes. Si on ne donne pas du sens, alors Samuel est mort pour rien. Cette lutte contre la barbarie, contre le terrorisme, il faut l’améliorer, coûte que coûte." Alors que l’ancienne compagne de Samuel Paty n’est pas associée à cette plainte, Me Virginie Le Roy assure que la recherche de la compréhension des potentielles failles de l’Etat ne vise pas à atténuer la responsabilité du terroriste. "Samuel Paty était séparé, j’ai vu le tweet de son conseil (de son ex-compagne), qui fait une confusion, explique l’avocate. Ce n’est parce qu’on demande des explications sur ce qu’il s’est passé avant l’attentat qu’on ne considère pas que Samuel a été assassiné par Abdoullakh Anzorov et qu’il n’est pas une victime du terrorisme islamiste. Il ne faut pas tout confondre."

LP