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Tabassage de Michel Zecler: les quatre policiers mis en examen, deux écroués

Quatre policiers ont été mis en examen et deux d'entre eux écroués dans l'information judiciaire ouverte sur le tabassage du producteur noir Michel Zecler dans la nuit de dimanche à lundi, dans cette affaire qui électrise le débat autour des violences policières et de la loi "sécurité globale".

Deux policiers sont partis en détention provisoire, le juge a rendu sa décision tard dans la nuit. Il s'agit d'un brigadier et d'un gardien de la paix. Ce sont notamment eux que l'on voit dans la vidéo du site Loopsider.

Ce dimanche, le procureur a justifié pourquoi il demandait leur placement en détention: il veut éviter que les policiers ne se concertent entre eux, ou exercent des pressions sur les témoins. Mais aussi, en raison de l'onde de choc qu'a provoqué cette affaire dans le pays et provoqué la "honte" du chef de l'Etat Emmanuel Macron, alors que l'Élysée a appelé M. Zecler samedi. 

Deux autres policiers sont placés sous contrôle judiciaire. Parmi eux, le gardien de la paix soupçonné d'avoir jeté la grenade lacrymogène dans le studio d’enregistrement. 

Devant les enquêteurs de l'IGPN, les policiers avaient fini par admettre que les coups portés n'étaient pas justifiés, qu'ils avaient principalement agi sous la peur et la panique. En revanche ils nient toujours avoir tenu des propos racistes. 

Me Anne-Laure Compoint qui défend deux policiers et Me Jean-Christophe Ramadier qui en défend un n'ont pas souhaité commenter ces mises en cause à l'issue de l'audience du juge des libertés et de la détention, vers 4h30 du matin.

Dimanche soir, Me Hafida El Ali, avocate du producteur, s'était dite "satisfaite" des réquisitions du parquet, tout comme la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. "Il faut vraiment être absolument décidé à ne laisser passer aucune violence d'où qu'elle vienne", a-t-elle déclaré sur France 2.

"Coups pas justifiés"

Le procureur a rappelé que les policiers avaient dans un premier temps indiqué avoir contrôlé Michel Zecler pour "absence de port du masque" et en raison d'une "forte odeur de cannabis". Mais seuls "0,5 g d'herbe de cannabis" seront trouvés dans une sacoche plus tard.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a promis jeudi la "la révocation" des policiers qui ont "sali l'uniforme de la République", "dès que les faits seront établis par la justice".

Selon le procureur, "aucun incident particulier" n'avait jusqu'ici émaillé la carrière des quatre hommes, un brigadier et trois gardiens de la paix.

Cette affaire, mise au jour grâce à la diffusion de vidéos, a semblé doper les opposants à la proposition de loi "sécurité globale", dont la mesure phare prévoit de restreindre la possibilité de filmer les forces de l'ordre. 

Plus de 130.000 personnes ont manifesté samedi, selon le ministère de l'Intérieur, 500.000 selon les organisateurs, dans une ambiance globalement bon enfant. Des affrontements parfois violents ont toutefois émaillé certaines manifestations, notamment à Paris.

Controverse

Selon un bilan du ministère de l'Intérieur, 98 policiers et gendarmes ont été blessés et 81 personnes ont été interpellées. A Paris, un photographe syrien indépendant, collaborateur de l'AFP, a été blessé au visage. 

Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des policiers frappés par des manifestants, des "violences inacceptables", selon Gérald Darmanin.

En une semaine, la controverse autour de la proposition de loi "sécurité globale", vivement dénoncée par les journalistes et les défenseurs des libertés publiques, s'est encore renforcée.

L'évacuation brutale d'un camp de migrants à Paris lundi soir et la révélation jeudi du passage à tabac de M. Zecler ont suscité l'indignation et électrisé le débat. Les vidéos de ces deux affaires ont été visionnées des millions de fois sur les réseaux sociaux.

Dans ce contexte, "il faut reprendre le travail de pédagogie" sur la loi sécurité globale, a estimé son co-rapporteur, le député LREM Jean-Michel Fauvergue. Parmi les pistes envisagées pour sortir de la crise, l'ancien patron du Raid a notamment proposé de renvoyer l'article 24 encadrant l'image des policiers, objet de toutes les crispations, au futur projet de loi sur les séparatismes.

Vendredi, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de lui faire rapidement des propositions "pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations", pour la troisième fois cette année.

Maxime Brandstaetter (avec AFP)