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Tabassé pour avoir défendu un couple: "ce qu'il a fait n'est pas vain, il mérite la Légion d'honneur"

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Le 11 novembre dernier, devant la garde la Part-Dieu, à Lyon, Marin, 20 ans, tombe au sol après avoir reçu plusieurs coups de béquille dans le crâne en prenant la défense d'un couple, dont le seul tort était de s’être embrassé. Trois mois après, Anne-Claire, sa tante, explique à RMC.fr pourquoi elle lance une pétition demandant la Légion d'honneur pour le jeune homme.

Anne-Claire, tante de Marin, 20 ans, agressé à Lyon parce qu'il prenait la défense d'un couple dont le seul tort était de s'embrasser:

"Le 11 novembre dernier, Marin, 20 ans, attend, avec sa petite amie, son bus devant la Part-Dieu, entre le centre commercial et la gare. Juste à côté d'eux, un couple d'une quarantaine d'années s'embrasse. Ce couple est pris à partie par un groupe de jeunes, sur le fait de s'embrasser publiquement. Ça commence à dégénérer, à devenir physique. Mon neveu intervient et demande aux jeunes de se calmer, leur dit que la situation est ridicule. Ils commencent donc à s'en prendre à lui.

"Les médecins lui donnaient 24 à 48 heures à vivre"

Le bus arrive. Sa petite amie le tire par le bras. Ils montent dans le bus et s'assoient dedans. Une des personnes se saisit d'une béquille avec laquelle il se déplaçait, ouvre la porte arrière du bus et lui fracasse le crâne avec. Au premier coup, Marin tombe, convulse, saigne par les oreilles. Mais l'agresseur continue à lui taper sur la tête… Sa petite amie a été très choquée par cette agression. Marin a été projeté en avant et s'est effondré dans ses bras, inconscient, en train de saigner par les oreilles. Elle a mis un mois et demi à remonter dans un bus. De même, plus personne de ma famille ne passe devant la Part-Dieu. C'est impossible.

Il est immédiatement transporté à l'hôpital avec pronostic vital très engagé, le cerveau étant resté longtemps sans oxygène. Dans la nuit, on nous appelle en nous demandant de venir lui dire au revoir. Les médecins lui donnaient 24 à 48 heures à vivre. Mais il est encore là, donc ce pronostic a été heureusement déjoué. Les premiers examens, scanners et IRM, ont été catastrophiques. Les deux hémisphères de son cerveau ont été lourdement touchés. Aujourd'hui encore il a des difficultés pour manger, boire, parler… Et tout ça simplement pur avoir voulu défendre quelqu'un.

"Ce n'est pas un acte de bravoure mais un acte du quotidien"

Nous, sa famille, avions mis en place une page de soutien à l'origine pour communiquer de sa situation à ses amis, ses proches pour éviter que les parents soient saturés d'appels et de SMS. Pour que ses parents puissent vraiment vivre ce qu'ils avaient à vivre à ce moment-là. Maintenant, on est devenus une grande famille de près de 100 000 membres. Et c'est de ces soutiens qu'est venu l'idée de demander la Légion d'honneur pour Marin. On est dans un pays avec des valeurs souvent bafouées.

Ce qu'a fait Marin est certainement révélateur de la situation actuelle. On a donc fait cette demande pour lui, pour lui dire que ce qu'il a fait n'est pas vain, pour que son acte soit reconnu. Ce n'est pas un acte de bravoure mais un acte du quotidien. Le problème, c'est la réponse qu'il y a eu à cet acte. Je pense aussi que ça peut être un exemple pour la jeunesse. En effet, beaucoup de jeunes qui suivent la page Facebook nous disent qu'ils auraient fait la même chose. Quelque part, ces jeunes sont dynamiques, sont engagés, ont un sens civique très fort, bien différent de ce qu'on peut parfois entendre. Ils disent qu'il est possible de changer les choses et que ça commence par des petites actions du quotidien. Ce qu'a fait Marin… Pour nous, c'est donc un exemple à suivre. Quand c'est non, c'est non.

"Aujourd'hui Marin est en colère"

Quand Marin s'est réveillé, on a dû lui expliquer plusieurs fois ce qu'il faisait à l'hôpital parce qu'il ne comprenait pas pourquoi il y était. Il avait quelques minutes de conscience par jour, qui se sont peu à peu allongées, et son cerveau ne pouvait pas supporter une journée entière d'activité. Il ne comprenait pas. Et comme il n'avait pas de mémoire à court terme il fallait tous les jours lui réexpliquer ce qu'il faisait là. La première fois qu'on lui a expliqué l'histoire il n'en revenait pas. Pour lui, c'était tellement évident qu'il agisse comme cela, qu'il intervienne… C'est une question d'éducation et de valeurs. Pour nous, la famille, il a fait quelque chose de tout à fait banal. Ce qui n'est pas banal c'est ce qui en découle.

Pour autant, si c'est banal, aujourd'hui Marin est en colère. Il avait eu son bac avec mention très bien. Avant cette agression sauvage, il était en troisième année de double licence droit et sciences politiques. C'était un bon étudiant. Maintenant…"

Pour signer la pétition, c'est ici

Propos recueillis par Maxime Ricard