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Un ex-indic des stups porte plainte contre les douanes

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Sophiane Hambli, mis en examen pour trafic de drogue après la saisie de 7 tonnes de cannabis à Paris en octobre 2015, est actuellement placé en détention provisoire. Il se dit menacé de mort parce que son rôle d’informateur de la police a été rendu public. Selon les informations de RMC, il accuse les douanes d’avoir sciemment menti dans des procès-verbaux. Son avocat dépose plainte ce jeudi pour "faux en écritures publiques".

Dans un premier temps les douanes avaient affirmé que c’est un simple riverain qui les avait alertées de la présence de fourgons suspects boulevard Exelmans, dans le très chic XVIe arrondissement. Le mensonge était un peu gros et le président de la République en personne avait d’ailleurs parlé d’un "long travail" des douanes.

En réalité, leur enquête visait Sophiane Hambli, le plus gros informateur de l’histoire de l’OCRTIS, l’Office des Stups. Les douaniers pensaient avoir "découvert son rôle majeur" de trafiquant dans cette affaire, selon les propos tenus par un agent devant le procureur de Paris quelques jours après la saisie de la drogue.

Sophiane Hambli, tout comme l’OCRTIS, affirme depuis le départ que son rôle est celui d’un logisticien et qu’il a agi "sur ordre" des policiers qui le traitent. "On fait de lui ce qu’il n’est pas, affirme son avocat Me Joseph Cohen-Sabban. Les douanes se sont comportées comme des voyous." Les douanes ont allègrement enfreint les règles de coopération entre services qui les obligent, comme les policiers et les gendarmes, à dire quelles sont leurs cibles en les inscrivant dans un fichier commun, le FNOS.

Un responsable de l’agence de location ADA, qui a vu plusieurs de ses fourgons immobilisés le temps de l’enquête, affirme s’être mis au service des douanes depuis le mois de juin pour aboutir à cette interception de 7 tonnes. Il a répondu à plusieurs demandes concernant des personnes qui s’avèrent être dans l’entourage de Sophiane Hambli. Son interlocuteur aux douanes n’était autre que l’agent qui a découvert la drogue boulevard Exelmans en octobre. 

La justice n’a rien su non plus de leur enquête, ce qui aurait pourtant pu alerter les magistrats informés du rôle et de l’importance de l’indicateur. Mais légalement, les douanes n’étaient pas tenues de travailler sous l’autorité de la justice, le droit douanier étant un droit pénal spécial.

Les PV des douanes mensongers?

Dans sa plainte, l’ex informateur affirme que les douaniers ont sciemment menti dans les procès-verbaux de constatation. Lorsqu’ils mettent la main sur les camions boulevard Exelmans, les douaniers notent tout ce qu’ils trouvent à l’intérieur. Le nombre de valises marocaines contenant du cannabis, des documents administratifs, des tickets de carte bleue, des notes… Tout est consigné dans les PV de constatation.

Tout, à l’exception surprenante du contenu d’un sac noir, remis en main propre par un douanier à un policier, contre toutes les règles élémentaires de procédure judiciaire et de police technique et scientifique. Le douanier explique alors oralement au policier que ce sac contient divers objets saisis dans les utilitaires, sans qu’on sache lesquels.

Parmi des déchets et des vêtements, le fonctionnaire de l’Office des stups tombe sur le nom de Sophiane Hambli, sur un ticket de caisse d’une société d’équipement de moto payé avec une carte de fidélité. Le nom de l’indic de l’Office des stups est donc inscrit noir sur blanc dans la procédure, par un officier de l'OCRTIS. La couleuvre est difficile à avaler, tant pour les policiers que pour l’ex-indic.

Les douanes ont-elles caché de la drogue?

Ce n’est pas l’objet de la plainte de son avocat, mais selon nos informations, Sophiane Hambli laisse entendre que de la drogue a disparu. Selon lui, il y avait davantage de fourgons chargés de drogue que ce que la douane a saisi. 212 valises marocaines ont été retrouvées dans les fourgons, or, Hambli affirme qu’il y en avait 260, il en manquerait donc 38… Impossible de vérifier si de la marchandise a été déchargée avant la saisie officielle des douanes. Pour l’instant nous ignorons si les caméras de vidéo-surveillance de la rue ont pu être exploitées. Mais l’ex-informateur des douanes a son hypothèse: l’enquête de l’Office des Stups aurait pu faire tomber un aviseur (nom donné aux informateurs des douanes).

Enfin, sa plainte met enfin en avant les conséquences de cette saisie, en reprenant les arguments de François Thierry, l’ancien chef de l’OCRTIS. Il affirme que c’est "n gâchis, à plusieurs titres", qui les "prive de pouvoir identifier une bonne douzaine d'équipes françaises" ainsi qu’une organisation italienne et une organisation russe.

Plus grave encore, selon le commissaire, la saisie des douanes a mis en danger des agents infiltrés qui devaient livrer une partie de cette marchandise à une équipe de trafiquants lyonnais. L’opération inédite a été brutalement arrêtée puisque c’est Sophiane Hambli qui avait introduit les agents plus tôt dans l’année.

Les méthodes des services d’enquêtes en question

Jusqu’à présent aucun policier des stups ni aucun responsable de la police judiciaire n’a été entendu par la justice dans cette affaire. Ils sont soupçonnés d’avoir couvert les activités illégales de leur informateur. L’IGPN, la police des polices, est cosaisie sur cette enquête pour faire la lumière sur les méthodes de l’OCRTIS notamment. Quelle soit jugée recevable ou non, la plainte de Sophiane Hambli aura le mérite d’interroger aussi sur les méthodes des douanes, hors de cause jusqu’ici.

Claire Andrieux