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Avec Marine Le Pen, ne débattons pas. Dénonçons !

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Hier mardi, Marine Le Pen a proposé que l’on repousse dans les eaux internationales les migrants venus d’Afrique du Nord et qui veulent entrer en Europe. Là, il ne s’agit pas de débattre, mais de dénoncer.

Cette proposition est révoltante et le silence de la classe politique indigne.
Il faut peut-être mettre ce silence sur le compte de la sidération. Si l’on entend bien Marine Le Pen, il faut repousser en haute mer des personnes qui fuient leurs pays, principalement la Tunisie et la Libye. Il faut les bloquer militairement – elle l’a précisé – et Marine Le Pen justifie cette position par la nécessité de ne pas creuser davantage nos déficits sociaux par ce qu’elle appelle « une vague d’immigration supplémentaire ». C’est la traduction directe, 1er degré, d’un slogan que même son père n’a jamais osé prononcer à voix haute : « Les Arabes à la mer. » Voilà, on en est là. Ce sont les mots d’une candidate à l’élection présidentielle qui approche 20% dans les sondages. Et aucun responsable politique ne s’insurge. Les bras m’en tombent.

Peut-être que les responsables politiques se disent que Marine Le Pen leur tend un piège et qu’il veut mieux l’ignorer ?

Si c’est l’explication, c’est grave. Parce qu’il me semble qu’en ce moment, on lance des « grands débats » pour moins que ça. Là, il ne s’agit pas de débattre, mais de dénoncer. De dire qu’il y a des choses qui ne sont pas acceptables – ou alors c’est qu’on les accepte. Personne ne peut imaginer qu’on enverrait à la noyade tous ces gens qui fuient des pays où règnent le chaos et la violence après la dictature ? Personne et Marine Le Pen le sait. Ce qu’elle cherche en le disant, c’est à provoquer une situation où elle serait seule contre tous, sur le thème de la défense des pauvres Français accablés de dettes à cause des méchants immigrés. Eh bien je crois que sur ce point et pour une fois, il faut lui donner raison. Et montrer qu’elle est, en effet, seule contre tous. Seule à proposer des solutions barbares à des problèmes qu’elle fait tout pour rendre effrayants.

Mais est-ce que beaucoup de Français ne s’inquiètent pas de la situation au Maghreb et de l’afflux d’immigrés qu’elle pourrait provoquer ? Nicolas Sarkozy aussi en a parlé, dimanche soir.

C’est vrai mais il l’a fait en promettant de « protéger » la France tout en disant aux Français de ne pas avoir peur. C’était assez contradictoire. La vérité, c’est que l’UMP veut montrer aux électeurs tentés par le FN qu’elle se préoccupe aussi de ces questions. Le problème, c’est qu’elle n’avance pas de propositions – et que la gauche n’en parle pas, sauf pour dénoncer l’attitude de la droite. L’exemple du pseudo-débat sur l’islam est typique : ce qui compte, ce n’est pas la réponse mais la question. On postule que la religion musulmane serait un problème en France alors qu’en réalité, seul l’intégrisme pose des problèmes, et dans toutes les religions. Mais on le fait pour des raisons purement électorales et surtout en le faisant, on légitime une vision qui relève du racisme. De la part de Nicolas Sarkozy, c’est une posture d’apprenti-sorcier.

Après les appels à la vigilance d’Alain Juppé et de François Fillon, l’UMP a l’air de faire marche arrière…

Tant mieux mais dans une certaine mesure, le mal est fait. C’est ce que Jean-Marie Le Pen appelait avec vanité la « lepénisation des esprits ». Aujourd’hui, nous sommes dans la « marinisation » du débat. Alors Nicolas Sarkozy et l’UMP font du rétropédalage mais toute leur attitude des dernières semaines donne l’impression que nos dirigeants politiques observent les révolutions arabes comme une menace et non d’abord comme un formidable progrès. Ah, le monde était si tranquille quand régnaient les dictateurs…

Ecoutez le « Parti pris » de Hervé Gattegno de ce mercredi 2 mars 2011 sur RMC, avec Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno