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Comment Macron veut transformer En Marche! en parti politique

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Arrivé en tête lors du premier tour le présidentielle, Emmanuel Macron a toutes les chances d'arriver à l'Elysée. Et selon Cécile Cornudet, éditorialiste aux Echos, le candidat à la présidentielle pourrait très vite transformer son mouvement En Marche! en parti politique pour déstabiliser Les Républicains.

Depuis qu’elle a choisi Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen presse Emmanuel Macron de dire le nom de son Premier ministre. Mais il ne le dira sûrement pas. 

Emmanuel Macron ne veut pas prendre le risque de déséquilibrer son attelage de gauche et de droite d’ici au 2e tour. Mais il y a quand même un paradoxe. Dans cet entre-deux-tours, il fait de plus en plus de sa réforme politique, le cœur de sa proposition: "la réponse à la colère des Français, ça doit être le changement politique, la recomposition", a-t-il dit lundi en meeting. En même temps, il garde un mystère total sur ce qu’il va faire. On ne connaît pas son Premier ministre donc, on ne sait pas quelle sera sa majorité, on ne sait pas quelles initiatives il va prendre sur le plan politique.

On commence toutefois à en percevoir quelques-unes. La plus importante, concerne sa majorité. Jusqu’à présent, il disait deux choses: 1/ j’aurai une majorité aux législatives car cela s’est toujours fait ainsi, les Français seront cohérents, et 2/ s’il n’y en a pas, on fera une coalition à l’allemande en allant prendre les bonnes volontés deci-delà.

Vers une majorité élargie?

Depuis quelques jours, il ne parle plus de coalition. Il parle toujours de majorité, mais de majorité élargie. Je m’explique: il veut faire une sorte de coalition mais avant les élections, alors qu’en Allemagne, c’est toujours après. Il veut élargir En Marche!, y accueillir une partie du PS et y accueillir une partie des Républicains. Et partir comme cela à la conquête du parlement.

Ça pourrait se passer vite, dans les jours suivant le deuxième tour de dimanche s’il est élu. Emmanuel Macron transformerait En Marche! en nouveau parti politique, sur le modèle de l’ancienne UDF. Ce serait une fédération dans laquelle pourraient exister de manière totalement indépendante des familles de pensée, des socialistes, des centristes, des gaullistes, des libéraux. Ce parti donnerait aux ralliés qui le veulent une investiture "majorité présidentielle". Le nom serait changé, ça il l’a dit ce week-end. La recomposition politique serait donc son premier acte de président.

Un gouvernement pour diviser Les Républicains?

Voilà le déroulé: la transformation d’En Marche! dans les jours suivant l’élection, la nomination du gouvernement le 15 mai, et les investitures des candidats de cette nouvelle formation politique déposées avant le 19.

Le gouvernement permettrait de gouverner, c’est une lapalissade, mais il aurait aussi pour mission de contribuer à cette recomposition politique. Si le PS est déjà très affaibli, LR l’est moins, François Fillon a quand même eu 20%, et Emmanuel Macron veut à tout prix empêcher qu’il puisse se refaire une santé aux élections législatives.

Le gouvernement servirait donc à cela, à fragiliser LR, voire à le couper en deux, et à pousser ses membres à rejoindre sans tarder le nouveau parti. Comment? En nommant des personnalités ministres, voire un Premier ministre de droite. On entend des noms pour Matignon, Xavier Bertrand même si pour l’instant il dit surtout qu’il veut rester LR, Jean-Louis Borloo même s’il semble plutôt se voir comme le pilote d’un grand plan de la jeunesse. S’il n’y a pas de personnalités de droite à Matignon, les noms qui reviennent le plus sont Jean-Yves Le Drian, Gérard Collomb et Richard Ferrand, des socialistes certes, mais acceptables pour la droite. Pour les ministres, on parle de juppéistes comme Edouard Philippe, on parle de Thierry Breton. Bref, avec Marine Le Pen comme avec Emmanuel Macron, le big bang n’est pas fini.

Cécile Cornudet