RMC

Les Grecs se foutent du monde... et de l'Europe !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC. - -

Les protestations et les violences continuent en Grèce après le vote par le Parlement, dimanche, d'un nouveau plan d'austérité en contrepartie d'une aide supplémentaire. Cette situation vous inspire un parti pris en forme de coup de colère : les Grecs se foutent du monde !

Les malheurs des Grecs ne peuvent pas laisser indifférent. Ils en sont au sixième plan d'économie, le chômage explose, la grande pauvreté s'installe. Tout ça inspire forcément la compassion. Cela dit, les images des bâtiments en flammes et des manifestants qui affrontent la police en criant à la dictature provoquent l'effet inverse. Et les sanglots hypocrites de ceux qui dénoncent la mise sous tutelle de la Grèce par la méchante Europe et les vilains banquiers ont de quoi exaspérer. Car ce ne sont pas les Européens mais les Grecs qui sont les premiers responsables de la situation. Sans la solidarité européenne, le pays serait même en faillite depuis longtemps. Avec les 130 milliards du nouveau plan, les Grecs auront reçu 240 milliards d'aides - qui viennent de pays comme le nôtre, où il n'y a pas que des riches, et où cet argent aurait été utile pour aider ceux qui, ici aussi, sont dans le besoin. Donc oui, les Grecs se foutent du monde... et de l'Europe !

Mais est-ce qu'on ne peut pas comprendre qu'une telle cure d'austérité imposée à un peuple finisse par provoquer des violences ?

Sans doute, mais il y a des plans d'économie dans d'autres pays sans qu'on y voie des émeutes ni qu'on y brûle des drapeaux allemands. Si la purge est plus sévère en Grèce, c'est que la situation y est de loin la plus grave - et la plus ancienne. Ça fait des décennies que ce pays vit dans l'impéritie totale, avec une fraude fiscale massive, un système de passe-droits et de corruption généralisé. Personne n'a rien voulu faire. On a les gouvernements qu'on mérite : les Grecs ont voté, année après année, pour des dirigeants - de droite ou de gauche - issus de la même oligarchie qui se sont enrichis en ruinant le pays. On ne les voyait pas manifester contre l'économie parallèle ni contre les déficits, ni même contre l'Église orthodoxe, richissime mais qui ne paie pas d'impôt ! Résultat : l'économie et l'État sont si délabrés que le rétablissement est impossible. En tout cas à l'intérieur de la zone euro.

Donc la sortie de l'euro vous paraît inéluctable pour la Grèce ?

C'est certain - et tout le monde le sait. Les plans d'économies, même drastiques, ne réussiront pas à renflouer une économie qui est comparable à l'Atlantide... après l'engloutissement. En réalité, il est probable que c'était une erreur d'avoir voulu à toute force inclure la Grèce dans l'euro dès 2002. Et le fait qu'ensuite, les dirigeants européens et la Commission de Bruxelles aient laissé filer la dette grecque sans tirer le signal d'alarme est une lourde responsabilité - mais une responsabilité que les peuples des autres pays européens paient cher aujourd'hui ; si on parle d'argent : plus cher que les Grecs eux-mêmes.

Est-ce qu'il y a un risque que le pays bascule dans le chaos ?

Oui. C'est un pays qui a inventé la démocratie, mais qui a connu la dictature jusqu'en 1974. Les tensions sociales sont vives - avec une ultragauche et une extrême droite musclées, une police violente et une armée qui reste un vrai pouvoir. Les partis sont discrédités. Quel que soit le résultat des législatives d'avril, aucune politique n'aura le soutien de la population. Donc le pire est possible. On peut trouver que l'exemple grec est trop caricatural pour être reproductible ailleurs. Ce n'est sûrement pas une raison pour ne pas y réfléchir.

Ecoutez ci-dessous le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce mardi 14 février 2012 :

Hervé Gattegno