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Sarkozy choisit la politique de la terre brûlée

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

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Alors que Nicolas Sarkozy durcit de plus en plus le ton pour s’adresser à l’électorat du FN, les sondages le donnent toujours largement battu au second tour et le malaise grandit à l’UMP...

Nicolas Sarkozy joue avec le feu ; sa campagne commence à sentir le roussi. On peut se demander où il va s’arrêter dans la surenchère droitière et sécuritaire : à l’entendre, François Hollande serait une sorte d’agent infiltré de l’islamisme et il est allé jusqu’à admettre le principe de la « préférence nationale » (même s’il a dit le contraire hier soir). Son but, c’est évidemment de capter les voix de Marine Le Pen mais c’est une stratégie vouée à l’échec : elle l’empêche de récupérer des voix de François Bayrou – or, il en a besoin pour gagner ; elle creuse, cette stratégie, les divergences au sein de son parti, qui va devoir préparer des législatives dans un désarroi idéologique qui n’est pas loin de la décomposition. En 2007, N. Sarkozy montrait de l’audace pour entraîner son camp vers la victoire : il jouait les têtes brûlées ; 5 ans après, c’est la terre brûlée : il prend le risque d’entraîner les siens dans sa défaite.

Est-ce que, en réalité, ce choix tactique n’était pas le seul possible pour lui compte tenu des résultats du 1er tour ?

Je ne crois pas. La campagne a montré que la posture la plus payante pour N. Sarkozy est celle du président au-dessus de la mêlée, rassembleur – celle qu’il a adoptée lors de la tuerie de Toulouse et même face à la crise financière et qui lui a fait gagner des points. Il en a reperdu dès qu’il s’est remis dans la peau du candidat. Au soir du 1er tour, rien ne l’empêchait d’appeler au rassemblement – un tiers des Français ont voté « contre le système » ; il pouvait invoquer l’importance de l’enjeu, la crise, les principes républicains. Et exclure d’emblée tout accord avec le FN – au lieu de semer d’abord le trouble de façon scabreuse pour écarter l’accord après. Il n’aurait peut-être pas gagné la présidentielle. Mais il aurait gagné le respect.

N. Sarkozy, lui, explique qu’il faut absolument parler aux 6,4 millions d’électeurs de Marine Le Pen. Est-ce qu’on peut lui donner tort sur ce point ?

Leur parler, bien sûr, mais tout dépend pour leur dire quoi ! Le rôle de N. Sarkozy – qui est encore président –, l’histoire du courant politique dont il est le chef et son parcours personnel, tout lui commande de condamner les idées de M. Le Pen. Au lieu de cela, dans une sorte de sauve-qui-peut idéologique qui consterne beaucoup de ses propres partisans, il les banalise, il les légitime. Quoi qu’on ait entendu depuis 5 ans, N. Sarkozy n’est pas un extrémiste. Donc il n’a même pas l’excuse de la conviction. Il fait un calcul désespéré, sans mesurer à quel point il est désespérant, pour lui-même et pour la droite. Le plus probable est que cette escalade se termine par une chute.

Ecoutez ci-dessous le podcast intégral du Parti Pris d'Hervé Gattegno ce vendredi 27 avril :

Hervé Gattegno