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Sarkozy se prend pour Pompidou

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Conférence de presse à l’Elysée tout à l’heure, sur les projets de recherche financés grâce au grand emprunt. A la veille de la candidature de Martine Aubry, Nicolas Sarkozy veut faire campagne sur le terrain de l’économie et des investissements. Sarkozy se prend pour Pompidou.

La référence qu’on cite souvent, autour de Nicolas Sarkozy, c’est Gerhard Schroeder. L’ex-chancelier allemand a réformé son pays et les performances de l’économie allemande lui doivent beaucoup… mais il a perdu les élections (en 2005). On ne peut pas en vouloir à l’Elysée de chercher un précédent plus encourageant. Pompidou, c’est l’homme de la réindustrialisation de la France – qui est redevenu un sujet d’actualité à cause des délocalisations – un gaulliste, un gestionnaire rigoureux. C’était aussi un homme qui voyait loin ; il avait compris en mai 68 qu’il fallait offrir des perspectives à la jeunesse et il se passionnait pour la recherche. Ça, c’est un peu le message de Nicolas Sarkozy ce matin…

Nicolas Sarkozy a d’ailleurs rendu hommage la semaine dernière à Georges Pompidou, dont on célébrait le centenaire de la naissance… ce n’était donc pas un hasard ?

Evidemment non. La référence à Pompidou a deux avantages : d’abord, elle souligne le côté sérieux, solide de celui qui exerce le pouvoir – par rapport à ceux qui ne l’ont jamais exercé… Ensuite, elle inscrit Nicolas Sarkozy dans une filiation avec un président débonnaire et placide, conservateur mais pas trop. C’est assez loin du thème de la « rupture », mais tout à fait l’image du nouveau Sarkozy qui est façonnée depuis un an. Et au-delà de l’image, il y a la ligne politique. Edouard Balladur, qui était le principal collaborateur de Pompidou a dit de lui la semaine dernière qu’il était « libéral quand il le fallait mais étatiste quand c’était nécessaire ». Ça, c’est clairement l’axe choisi par Nicolas Sarkozy face à la crise – avec un certain succès.

Est-ce qu’un président a toujours besoin de s’inspirer de ses prédécesseurs ?

C’est inévitable. Ça permet de prendre modèle sur ce qui a marché dans le passé et surtout de prendre sa place dans la lignée des présidents – ce qui est quand-même très valorisant, surtout pour faire campagne. Nicolas Sarkozy a appris la politique avec Chirac mais c’est à Giscard qu’on le compare souvent – ce qui est une façon de lui prêter un bilan flatteur mais un destin douloureux. Mais en définitive, c’est chez Pompidou qu’il va puiser l’inspiration. En même temps, il ne peut pas y avoir d’identification totale : il ne va pas faire semblant de se passionner comme Pompidou pour l’art moderne ni montrer une érudition subite en matière de poésie – enfin, espérons…

Donc ce matin, c’est avec un candidat pompidolien que les journalistes ont rendez-vous à l’Elysée ?

Oui et c’est un pied de nez supplémentaire à Jacques Chirac, qui a réellement été, lui, le protégé, l’élève de Pompidou. C’est aussi un coup porté aux socialistes parce qu’il s’agit d’accentuer le contraste entre une présidence raisonnable, expérimentée, dont Sarkozy veut être l’héritier, et les incertitudes que représenteraient les candidats du PS – par inexpérience (Hollande) ou par déraison (Aubry). Pompidou était un homme « normal » comme dirait l’autre, mais un professionnel du pouvoir. La vraie limite de la comparaison, c’est qu’il est mort (en 1974) sans avoir pu se représenter ; donc personne ne sait s’il aurait été réélu. Pour Sarkozy, on saura. Dans un peu moins d’un an.

Ecoutez « le parti pris » de ce Lundi 27 juin 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC :

Hervé Gattegno