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"Savoir rester silencieux, c’est important": selon le général Pierre de Villiers, Emmanuel Macron en a fait trop avec les Bleus

Ancien chef d'Etat-Major des armées, le général Pierre de Villiers estime dans "Les Grandes Gueules", ce lundi sur RMC et RMC Story, que le silence aurait été plus fort que les mots du président de la République Emmanuel Macron après la défaite des Bleus en finale de la Coupe du monde.

Il avait écrit une lettre aux Bleus. Grand passionné de foot, le général Pierre de Villiers a évidemment suivi avec attention le parcours de l’équipe de France à la Coupe du monde au Qatar, jusqu’à la terrible issue en finale, aux tirs au but, face à l’Argentine ce dimanche (3-3, 2-4 aux tab). "J’ai très mal dormi, comme après toutes les défaites, explique l’ancien chef d’Etat-Major des armées dans ‘Les Grandes Gueules’ ce lundi sur RMC et RMC Story. On est passé tout près. C’était un feuilleton incroyable. Pendant 80 minutes, c’était une équipe de France apathique, pour des raisons que j’ai du mal à comprendre. Un mélange probablement de fatigue, de stress, de fébrilité. Et puis il y a eu l’inversion du rapport de force, comme on dit chez nous dans l’armée. Et là, on s’est mis à y croire. On termine aux penalties. Mais les penalties, ce n’est pas notre principale force. Ça a été une magnifique épopée. Et par rapport à mon livre Paroles d’honneur, c’est vraiment la force du collectif qui a fait qu’on s’en est sorti à chaque fois, sauf là avec les penalties."

Et le général Pierre de Villiers salue la capacité de Didier Deschamps à souder un collectif. "Le football m’a beaucoup appris. On sait que quand on perd, ça construit les victoires. On sait qu’on ne vaut rien sans les autres. C’est le football qui m’a appris cette espèce de discipline collective, cette fraternité, et la richesse dans la diversité des talents. L’équipe de France, c’était exactement ça. Avec des plus anciens, des plus jeunes, des noms qui sont sortis du chapeau presque au dernier moment parce qu’on n’a eu que des emmerdes sur les premiers jours de préparation… Et finalement, la constitution d’un groupe qui est allé au bout du bout, grâce à un grand entraîneur, qui est un manager de talent, un vrai chef, qui a su fusionner ces talents individuels pour en faire une force collective."

"Un peu ‘too much’ dans les vestiaires"

Après la désillusion, Emmanuel Macron s’est rendu sur la pelouse et dans le vestiaire pour tenter notamment de réconforter les Bleus. Selon le général Pierre de Villiers, qui a démissionné de son poste de chef d’Etat-Major des armées en juillet 2017 après un profond et inédit désaccord public avec le président de la République sur le budget militaire, le silence aurait été plus fort que les mots.

"C’était peut-être un peu ‘too much’ dans les vestiaires, estime-t-il. Je suis footballeur, je sais ce qu’est une équipe atteinte par la défaite. Dans ces cas-là, le silence est de mise. On l’a vu avec Mbappé qui était complètement dans sa bulle et incapable de dire quoi que ce soit. On est terrassé par ce qu’on considère être un désastre, par rapport à l’objectif qu’on s’était fixé. Dans les défaites, moi, je suis toujours resté silencieux. C’est un peu comme quand il se passe quelque chose qui n’est pas bien dans une opération militaire, on attend un peu avant de débriefer. Le silence, c’est une notion qu’on a un peu perdue dans notre société. Savoir rester silencieux, c’est important. Surtout face à la peine, à la tristesse. C’est plus fort parfois comme message que de vouloir maladroitement parler."

LP