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Profs de collèges: pas de crise des vocations, sauf en Seine-St-Denis

"Les enfants de Seine-Saint-Denis perdent, au cours de leur vie scolaire, l'équivalent d'une année de scolarité", déplorent les parents d'élèves.

"Les enfants de Seine-Saint-Denis perdent, au cours de leur vie scolaire, l'équivalent d'une année de scolarité", déplorent les parents d'élèves. - Mehdi Fedouach - AFP

Le nombre d'admission au concours pour les professeurs du collège a augmenté de 60%, selon le dernier bilan annuel de l'Education nationale. Mais des départements de l'Ile-de-France, et particulièrement la Seine-St-Denis peinent à trouver des profs.

Il n'y a pas de crise des vocations dans l'Education nationale. Selon le dernier bilan de l'Education nationale, révélé mercredi par Les Echos, le nombre d'admission au concours pour les professeurs du collège a augmenté de 60%. Sauf que cet afflux de futurs professeurs ne se fait pas sentir partout. 300 postes restent non pourvus, principalement en Ile-de-France et dans l'académie de Créteil (Val-de-Marne), qui gère le département de la Seine-Saint-Denis, boudé par les profs.

"On peut avoir le sentiment qu’on ne pourvoit pas tous les postes, mais la réalité est qu’on a plus d’admis aux concours que les années précédentes, explique dans Les Echos Catherine Moisan, chargée de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance au ministère de l’Éducation nationale. On ne peut donc pas parler de crise de recrutement qui signifierait que le métier n’est plus attractif. En revanche, on a un problème de territoires et de disciplines"

"Envie d'aller voir dans des collèges où le travail est plus facile"

Si le 93 fait autant peur aux professeurs, c'est pour une raison simple : le travail quotidien y est plus dur qu'ailleurs, comme le souligne Philippe, prof de physique-chimie à Saint-Ouen: "On est des classes de lycées professionnels avec 30 élèves. Les élèves eux-mêmes se rendent bien compte que ce n'est pas des conditions pour travailler".

"On a des soucis permanents, raconte Cyril, prof d'EPS à Bobigny. On a 9 conseils de discipline sur les 15 derniers jours dans mon établissement. On a de moins en moins de moyens, on nous retire des heures de cours pour l'année prochaine – 200 heures depuis 2009- . Les professeurs baissent les bras. On arrive à un moment où on ne peut plus apporter à l'élève". Comme beaucoup de ses collègues, Cyril envisage de demander sa mutation.

Dans ce département, les professeurs restent en général quatre ou cinq ans, explique Nicolas, professeur de Mathématiques à Aubervilliers. "Les collègues s'investissent énormément et au bout de quelques années, ils ont parfois envie d'aller voir ce qui se passe dans les établissements où le travail est un peu plus facile".

"L'école de la République ne garantit plus l'égalité entre les enfants"

Cette désaffection et cette mauvaise répartition des professeurs a un impact considérable sur les élèves de Seine-St-Denis.

"Les enfants de ce département perdent, au cours de leur vie scolaire, l'équivalent d'une année de scolarité, déplore Rodrigo Arenas, président de la Fédération des parents d'élèves de Seine-Saint-Denis.

"Aujourd'hui, l'école de la République ne permet plus de garantir l'égalité entre les enfants". Sur l'année scolaire 2013-2014, dans l'Académie de Créteil, ce sont 16% des postes qui sont restés vacants. Le second département le plus boudé est les Ardennes (14,7 demandes de mutation pour 1 demande d'entrée). Au contraire, les départements les plus attractifs sont les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Alpes et le Puy-de-Dôme.

Philippe Gril avec Benoît Ballet.