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"C'est notre vie, et c'est ce qu'on aime": l'incompréhension dans le Gers après un appel de députés à interdire la corrida

REPORTAGE RMC - A Vic-Fezensac, la tradition de la tauromachie est défendue ardemment par les habitants qui se sentent ostracisés par l'appel de 35 députés à interdire la tauromachie.

"Interdisons la corrida, et vite". Un appel a été lancé ce weekend par 35 députés et sénateurs dans le Journal du Dimanche. Ces élus LREM, LR, Agir et MoDem réclament dans une tribune l'interdiction des corridas en France. Une pratique qu'ils jugent "barbare", "pas digne du pays dans lequel nous sommes élus".

Cette tribune fait suite à la diffusion par la Fondation Brigitte Bardot des images d’une corrida organisée le 14 juillet dernier dans le Gard au cours de laquelle 2 veaux et 4 taureaux ont été tués.

Dans l'attente d'une interdiction pure et simple, ils réclament une mesure d’interdiction d’accès aux arènes immédiate pour les mineurs. De son côté l'observatoire des cultures taurines dénonce l’action de parlementaires "antispécistes convaincus "(…) "un anti-humanisme qui s’inscrit dans (...) la cancel culture".

"C'est notre vie et c'est ce qu'on aime"

Mais dans le petit village gersois de Vic-Fezensac dont l'économie dépend de la tauromachie, on tient à tout prix à conserver cette tradition. Vic- Fezensac, son église, son kiosque à musique et ses arènes impressionnantes. 6.800 places alors que le village ne compte que 3.400 habitants.

André Cabane est le président du club taurin de la ville qui copte une 60 aine de membre. Chaque année à la pentecôte, il organise une féria qui fait vibrer tout le village.

"C'est une histoire de famille et une histoire de Viquois. On est nés là-dedans, on défend notre tauromachie depuis toujours. On aime beaucoup ça, ça fait partie de nos traditions. On ne se pose pas de questions là-dessus. C'est notre vie et c'est ce qu'on aime"

"Economiquement on a besoin de nos fêtes"

Des traditions qui profitent au tissu économique local, avec plus de 15.000 personnes pendant la féria, cela représente 30% du chiffre d’affaire annuel du café de la bourse où travaille Benoit Rivière.

"Economiquement on a besoin de nos fêtes. On voit que, cet été il n'y a pas trop de touristes sur Vic, et nos fêtes nous amènent ce public dont on a besoin pour vivre toute l'année."

"Aujourd'hui, être amateur de corrida, c'est être un citoyen de seconde zone"

Un art pour certains, une culture barbare pour d’autres. Norman est un jeune nîmois passionné de corrida de 19 ans, il ressent de plus en plus de défiance autour de lui.

"Je crois qu'aujourd'hui, être amateur de corrida c'est être mis de côté, être un citoyen de seconde zone. On ne serait que des assassins, des barbares. Quand je vais aux arènes et que j'ai quatre personnes derrière une barrière qui me crient dessus en disant "assassin, barbare", je ne me reconnais pas."

"On en a un peu ras-le-bol de tous ces gens-là"

Une défiance ajoutée au contexte sanitaire actuel qui fini par peser sur le moral de Jean-Louis Dardé, agriculteur depuis 7 générations et éleveur de plusieurs centaines de taureaux depuis trente ans.

"Habituellement on vendait de 50 à 55 têtes par an. Cette année on va en vendre dix, onze... Il faut garder le moral. Alors, si en plus ces gens-là viennent nous enquiquiner, nous montrer qu'ils sont les rois du pétrole, qu'ils détiennent la vérité... On en a un peu ras-le-bol de tous ces gens-là."

Une petite lueur espoir cependant pour l’éleveur. Il a pu vendre quelques taureaux pour des corridas organisées dans deux communes voisines. 

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Estelle Henry (avec J.A.)